Interview de l’arbitre ROY GINGELL

 

RENCONTRE AVEC ROY GINGELL, LE MONSIEUR ARBITRAGE DU SQUASH MONDIAL

 

Lors des Play-Offs du Championnat par équipes (à Rennes début juin), nous avons eu la chance de nous entretenir longuement avec Roy Gingell. Le Gallois est responsable de la formation des arbitres en Europe et dans le monde. Il était présent en Bretagne afin d’apporter son expérience aux arbitres français, et de les informer des orientations prises par la WSF pour le futur.

Roy, la genèse de ta venue à Rennes ?

Roy Gingell : C’est Marc Palmieri (Président de la Commission Nationale d’Arbitrage) qui est à l’initiative de ma venue. Depuis le mois de novembre dernier, je suis responsable de la formation des arbitres pour la WSF (World Squash Federation). Nous avons conçu un plan pour l’arbitrage, qui sera publié au cours des prochaines semaines. La France doit bien évidemment être intégrée à ce plan, elle peut servir de modèle. Le but de ma présence ici, c’est avant tout d’avoir apporter mon aide et mon soutien, à Marc et aux autres arbitres français.

Ce plan, c’est quoi ?

R.G. : Nous dialoguons avec les meilleurs joueurs. C’est également dans l’optique d’améliorer les relations entre arbitres et joueurs que la PSA a nommé Lee Drew. Mon plan, c’est d’associer tous les acteurs de la discipline : joueurs, arbitres, et coaches.

L’objectif, c’est d’améliorer la fluidité du jeu. De ne plus donner de lets et de strokes gratuits, mais aussi de résoudre les problèmes des « front-wall interferences » (que l’on pourrait traduire par interférences empêchant d’envoyer la balle sur le mur frontal). Les joueurs doivent aussi laisser l’accès à la balle à leur adversaire afin de minimiser les temps d’arrêt.

La présentation que j’ai faite aux arbitres français à Rennes, a duré 4 heures alors qu’elle est conçue pour en durer 8 … Elle contient des informations qui permettent de fluidifier le jeu et de prendre les bonnes décisions. Le rôle de l’arbitre est de veiller au bon déroulement du match. Je leur ai donné des directives en ce sens, ainsi que du vocabulaire « squash. » C’est en quelque sorte un glossaire de l’arbitrage !

On est en train de constituer une base de données, qui répertoriera tous les arbitres par pays. Tous ces arbitres auront accès à un programme d’apprentissage, avec des clips vidéo. Les joueurs aussi pourront les consulter.

Est-ce plus facile pour les arbitres anglophones (de naissance) que pour les autres ?

R.G. : Oui, c’est sûr que c’est un avantage de pouvoir arbitrer dans sa langue maternelle. Mais l’expérience rentre aussi en ligne de compte. John Massarella et moi-même, cela fait 15 ans que nous arbitrons au plus haut niveau. Depuis 2007, nous travaillons au développement des jeunes arbitres. Le meilleur exemple, c’est le slovène Marco Podgorsek. Je me souviens, il a débuté aux Monde U19 à Milan en 2000, et maintenant c’est l’un de nos meilleurs arbitres.

Peut-on être un bon arbitre si on n’a pas été joueur de haut niveau ?

R.G. : Oui c’est possible, mais il faut être un fin connaisseur du jeu (« student of the game » en VO). Par exemple, il faut connaître les joueurs, décrypter leur comportement. Certains, comme Nick Matthew, et même Grégory Gaultier, sont très intéressants à arbitrer. Les interactions entre le joueur et l’arbitre, ça fait partie du show, et il faut parvenir à les conserver tout en fluidifiant le jeu.

Quels sont selon toi les joueurs qui seraient de bons arbitres ?

R.G. : Daryl Selby, Chris Robertson (coach de l’équipe d’Angleterre) et bien sûr Lee Drew.

Quels enseignements tires-tu de ton weekend rennais ?

R.G. : À Rennes, j’ai donc fait cette présentation à 8 personnes. C’était très intense, et ils ont probablement reçu trop d’informations d’un coup. Encore une fois, le but de ma venue est d’apporter mon aide à Marc Palmieri. Mais aussi d’évaluer les arbitres.

Ce que je pense de leur niveau ? J’ai vu certains arbitrer un peu « à l’ancienne », notamment dans leur interprétation de certaines situations. Mais ils ont du potentiel, et la volonté d’apprendre !

J’insiste : les joueurs, les coaches et les arbitres doivent travailler main dans la main. Nous avons eu une réunion avec tous les acteurs il y a un peu plus d’un an. Tout le monde doit tirer dans le même sens (« everyone on the bus » en VO). L’objectif, c’est bien sûr l’inclusion du squash aux Jeux Olympiques.

On dit souvent que pour un arbitre, un match « cauchemar » est une étape nécessaire de l’apprentissage ? Quel est ton pire souvenir ?

R.G. : Incontestablement, le premier tour du British Open 1997 entre Paul Johnson et Peter Nicol. Dans le 3ème jeu, Paul a une balle de match et Peter met la balle dans la tôle. Les deux joueurs se serrent la main et sortent du court. Mais j’ai un doute sur une des balles de Paul dans cet échange, je demande aux joueurs de retourner sur le court et je fais rejouer le point. Paul finira par perdre ce match, il ne m’a pas adressé la parole pendant plusieurs années après ce match …

L’arbitrage vidéo ?

R.G. : Je pense que c’est une très bonne chose, tout le monde en est très content. Mais je pense qu’on doit rester à un « challenge » par jeu (pour chaque joueur).

L’arbitrage à 3 ?

R.G. : En ce qui me concerne, je suis plutôt partisan d’avoir un seul arbitre, afin de ne pas diluer les responsabilités.

 

Propos recueillis par Jérôme Elhaïk

 

 

 

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