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CHAMPIONNATS DU MONDE JUNIOR : BRONZE HISTORIQUE, AVENIR PROMETTEUR

Équipe de france 01/08/2026

Avec un groupe très jeune, l'équipe de France masculine a décroché une médaille de bronze historique au championnat du monde junior, tout en étant celle qui a le plus inquiété les invincibles Égyptiens.

Cet exploit est venu atténuer la déception née de la défaite sur le fil d'Amir Khaled-Jousselin en quart de finale, le nancéen étant passé à quelques points de ramener une autre médaille. Retour sur la campagne canadienne des Bleus en compagnie d'un de leurs entraîneurs, Renan Lavigne.

Article de Jérôme Elhaïk

📱 Tableaux et résultats : individuels - par équipe

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LES BLEUS BOUSCULENT L'ÉGYPTE, ET DÉCROCHENT UN BRONZE HISTORIQUE

Assurés de monter sur le podium après leur magnifique victoire contre la Malaisie au tour précédent, les protégés de Renan Lavigne ont offert une grosse résistance à l'ogre Égyptien en demi-finale.

Même s'il n'était pas satisfait de sa prestation (voir ci-dessous), Kousha Moslehi a réalisé une mini-exploit en finale, étant le seul joueur à prendre une manche à un Égyptien dans les compétitions par équipe (garçons et filles), en 29 matches. Le Franco-Iranien a joué les yeux dans les yeux pendant deux jeux avec Marwan Assal avant de baisser de pied. De son côté, Amir Khaled-Jousselin a disputé une partie de haut niveau (67 minutes) face au phénomène Mohamad Zakaria, triple champion du monde junior individuel et qui est déjà n°7 mondial, à 18 ans. "AKJ" est passé tout près de lui prendre un jeu – ce que personne n’a fait en junior depuis Jonah Bryant, en finale du British Junior Open en janvier 2024. Il a mené 10-7 dans le deuxième jeu puis 10-9 dans le troisième, mais l'Égyptien a été impitoyable dans les money-time

Demi-finale : [1] Égypte 🇪🇬 bat [4] France 🇫🇷 : 2-0

#3 : Marwan Assal 🇪🇬 bat Kousha Moslehi 🇫🇷 : 3-1 (11-7, 7-11, 11-5, 11-2)

#1 : Mohamad Zakaria 🇪🇬 bat Amir Khaled-Jousselin 🇫🇷 : 3-0 (11-3, 12-10, 12-10)

#2 : Adam Hawal 🇪🇬 🆚 Théo Baudry 🇫🇷 : non joué

France Egypte

L'équipe de France a superbement résisté à l'Égypte jeudi en demi-finale (Crédit photo : World Squash)

L'entraîneur des Bleus, Renan Lavigne, revient sur cette demi-finale et cette première médaille tricolore dans l'histoire des championnats du monde junior par équipe (filles et garçons). 

💬 Les garçons ont parfaitement abordé cette demi-finale. Ils respectent les Égyptiens, mais ne les craignent pas et avaient pas peur et avaient l’intime conviction de pouvoir les battre. Amir et Kousha ont mis plusieurs heures à digérer leur défaite, je leur ai dit qu’ils pouvaient être fiers de leur prestation et ils m’ont répondu "Renan, on ne va pas te dire qu’on est contents d’avoir perdu !" Il faut savoir retirer le positif, néanmoins cette attitude est révélatrice de leur état d’esprit. Même s’il a pris un jeu à Marwan Assal, Kousha n’était pas très content de son match, il a sans doute manqué un peu de rythme après sa blessure pendant l’épreuve individuelle. Quant à Amir, il a mis un jeu à s’adapter à la vitesse et la lourdeur de balle de Zakaria, puis dans les deux derniers le niveau était très élevé. Il l’a forcé à élever le curseur, et l’Égyptien a vraiment été très impressionnant quand il a dû sauver toutes ces balles de jeu. Sa technique me fait de plus en plus penser à celle de Diego Elias, sans doute l’influence de Jonathon Power... Par contre, c’est dommage qu’on manque un peu de subtilité avec l’arbitrage. C’est important de savoir se mettre l’arbitre dans la poche (sic) plutôt que s’en faire un ennemi, les Égyptiens excellent dans ce domaine alors que c’est un point d’amélioration pour tous nos jeunes.

Equipe de France junior

L'équipe de France junior (de gauche à droite l'entraîneur Renan Lavigne, le kiné Alain Zafari et les joueurs Kousha Moslehi, Amir Khaled-Jousselin, Léo Gailland et Théo Baudry) ramènent une magnifique médaille de bronze du Canada (Crédit photo : World Squash)

💬 On sera peut-être l’équipe qui a le plus inquiété l’Égypte (ndlr : cet entretien a été réalisé avant la finale, et les pharaons se sont imposés contre les Etats-Unis avec bien plus de facilité que contre les Bleus). Avec un autre tirage, on aurait pu faire mieux et décrocher l'argent, et j’aurais bien aimé qu’on se mesure aux américains… On a montré que notre statut de tête de série n°4 n’était pas usurpé. Battre la Malaisie en quart, c’était une grosse performance, et ils ont d’ailleurs terminé cinquièmes. Bravo et merci aux joueurs pour leur travail pendant cette quinzaine et tout au long de l’année. Ils méritent cette médaille, même s’ils ne se rendent pas forcément compte de sa portée : certains d’entre eux regardent beaucoup de squash mais ils ne connaissent pas toute son histoire. Quelque part, tant mieux car ce détachement leur permet d’être performants. J’ai insisté sur le fait qu’ils devaient profiter au maximum, des moments aussi forts on n’en connaît pas beaucoup dans une vie. Cette médaille est une œuvre collective : celle des parents, des entraîneurs et staffs individuels, des formateurs des premiers instants, des coaches des Clubs Excellence, de ceux qui accompagnent le Plan Avenir 2032. D’ailleurs, j’espère que tous les jeunes joueurs français ont rêvé derrière leur écran et qu’ils voudront marcher sur les traces de leurs aînés. Je pense aussi à toutes les générations qui n’ont pas réussi à décrocher cette médaille - ce qui n’a pas empêché certains d’entre eux de faire une très grande carrière en senior – ainsi qu’à l’ensemble du staff fédéral qui contribue, chacun à son niveau de responsabilité, à cette réussite. Pour terminer sur une réflexion personnelle, quand on voit le niveau actuel des joueurs français, l’attitude de cette génération pendant la demi-finale ainsi que la relève qui arrive derrière, j’ai l’intime conviction qu'à court ou moyen terme la France est la nation qui peut battre l’Égypte. Peut-être pas à chaque fois, mais au moins de temps en temps...

LA STAT - Si l'on ne tient pas compte des affrontements entre eux, les quatre joueurs Égyptiens ont perdu 5 jeux pendant les douze jours de compétition (individuels et par équipe) : trois sont mettre au crédit de la France (un pour Kousha Moslehi contre Marwan Assal, et deux pour Amir Khaled-Jousselin également contre Assal). Les deux autres à l'avoir fait sont l'Américain Lars Gertsen (contre Assal) et le Saoudien Mohammed Alnasfan face à Adam Hawal. "AKJ" est aussi le seul à avoir emmené Mohamad Zakaria au tie-break. 

TRANCHES DE VIES

Les championnats du monde junior, qui durent douze jours, sont tout simplement la compétition la plus longue du squash.

« Mais je dirais que ça passe assez vite, car on est constamment dans l’action, » confie Renan Lavigne. L’équipe de France a vécu des émotions contrastées en terre canadienne, et le coach tricolore nous raconte quelques tranches de la vie bleue outre-Atlantique.

Renan Lavigne

Renan Lavigne et toute la délégation tricolore ont vécu des émotions fortes pendant douze jours outre-Atlantique (Crédit photo : World Squash)

AMIR KHALED-JOUSSELIN, QUAND DÉCEPTION RIME AVEC REBOND

Amir Khaled-Jousselin n’est pas passé loin de ramener deux médailles dans ses valises, ayant mené 6-3 dans le cinquième jeu de son quart de finale contre Marwan Assal dans la compétition individuelle.

💬 Renan Lavigne - Ça a été un moment difficile à vivre, car Amir aurait vraiment mérité une médaille mondiale individuelle pour l’ensemble de son parcours en junior. Peut-être qu’il a été justement été rattrapé par l’enjeu et que ça explique ce qui s’est passé après l’interruption à 6-3 (ndlr : pour une blessure de son adversaire), car il a commis des fautes qui ne lui ressemblent pas. On a évidemment débriefé, comme je lui ai dit je ne fais qu'émettre des hypothèses et je n’ai pas toutes les réponses. Le contenu du match dans son ensemble était néanmoins très bon, face à un adversaire auquel il faut donner du crédit : malgré son gabarit, Assal fait preuve d’une énorme explosivité. J’ai envie de dire que cette défaite est peut-être le point de départ de l’aventure dans la compétition par équipe, la motivation a été décuplée parce que ses équipiers voulaient qu’Amir obtienne une médaille pour son dernier championnat du monde junior. Même s’ils ont pas mal de choses à améliorer, par exemple sur le travail invisible (nutrition etc.) c’est un groupe sain qui s’entend très bien.

Khaled-Jousselin vs. Asal

Dans l'épreuve individuelle, Amir Khaled-Jousselin est passé tout près d'une demi-finale synonyme de médaille (Crédit photo : World Squash)

THÉO BAUDRY, UNE SAISON BLEUE

Quelle saison pour Théo Baudry en équipe de France junior… Après avoir joué le match décisif en finale du championnat d’Europe (et malgré sa défaite, apporté les points suffisants pour le titre), le Parisien a envoyé les Bleus en demie au Canada, en battant le Malaisien Altamis Sufian.

💬 Renan Lavigne - Théo commence à avoir de l’expérience de ce type de rencontres, et on sait qu’il est très costaud mentalement. Il a un côté impassible, et ne montre pas ses émotions. Il avait perdu contre Sufian quelques jours auparavant dans un match de plateau, et on l'a bien analysé à la vidéo. Quand deux joueurs se rejouent aussi rapidement, c’est un peu un duel entre les deux camps pour savoir lequel aura le mieux préparé la deuxième manche… Le Malaisien a un énorme coup droit, que Théo avait trop alimenté dans leur premier duel. Il a parfaitement appliqué les consignes : insister sur la lourdeur de balle pour empêcher son adversaire d’attaquer, orienter le jeu sur le revers, et monter sa position au T.  Ça a parfaitement fonctionné, contre un joueur qui a les défauts de ses qualités et a arrosé la plaque (sic). Théo a terminé 21ᵉ en individuel pour sa première année en U19, c’est un résultat encourageant en vue de l’édition 2027 même s’il y aura une grosse concurrence (ndlr : la moitié des huitièmes de finaliste de cette année aura encore 18 ans). Ce qui est intéressant, c’est qu’il a une belle marge de progression, son jeu de fond de court est bien en place et il va étoffer sa palette à l’avant.

Théo Baudry

En battant le numéro 2 malaisien Altamis Sufian, Théo Baudry a remporté le point décisif pour la qualification en demi-finale (Crédit photo : World Squash)

KOUSHA MOSLEHI, L'ASCENSEUR ÉMOTIONNEL

Kousha Moslehi a vécu une drôle de de quinzaine canadienne, avec une blessure très tôt dans le tournoi et un retour express pour la compétition par équipe.

💬 Renan Lavigne - Malheureusement, Kousha s’est blessé sur une fente alors qu’il menait 10-0 dans le 5ᵉ jeu de son premier tour. Il a rejoué l’après-midi et au début ça allait, puis il s’est refait mal et a perdu en 5 jeux. Il a eu un tableau difficile, ses deux adversaires, le Koweïtien Al Fouzain et le Malaisien Chang, étaient peut-être les plus durs possibles. Comme les résultats individuels étaient importants en vue du 'seeding' pour la compétition par équipe, il a voulu continuer et a gagné un match de plateau sur une jambe mais ensuite on lui a dit d’arrêter. Il y avait sans doute une lésion musculaire de grade 1, les jours suivants ont été consacrés aux soins avec notre kiné Alain Zafari et à la reprise progressive des séances sur le court en augmentant à chaque fois le degré d’incertitude. Kousha a suivi notre protocole à la lettre, il a très bien travaillé. Le calendrier nous a été favorable, car le dimanche Léo Gailland a joué les deux matches et a fait le boulot, le lundi on était au repos, et le mardi Kousha a pu se tester dans un match en deux jeux gagnants sans enjeu contre Hong Kong en 1/8ᵉ. Même s'il n’a pas eu besoin de rentrer sur le court en quart, il était prêt à jouer le match décisif contre la Malaisie et quelque part j’aurais bien aimé qu’il puisse prendre sa revanche contre Chang. 

Kousha Moslehi

Blessé dès le premier jour du tournoi, Kousha Moslehi a effectué une véritable course contre-la-montre pour disputer la compétition par équipe (Crédit photo : World Squash)

LÉO GAILLAND PREND RENDEZ-VOUS

À 16 ans, Léo Gailland était le benjamin du groupe, et le seul auquel il reste deux championnats du monde junior à disputer.

💬 Renan Lavigne - Le deuxième site, dans lequel Léo a joué tous ses matches en début de tournoi, c’était un peu la succursale du premier, et quand on partait là-bas je lui disais en plaisantant "allez c’est l'heure de la punition (rires)." Un peu comme au championnat d’Europe, il est tombé sur un adversaire de gros calibre assez tôt, cette fois l’Espagnol Oriol Salvia Ripoll, mais il a fait preuve de combativité par la suite et aurait même pu gagner le tableau 33-64. Léo sait pourquoi il est là, il connaît ses qualités et ses défauts. Il savait qu’il était numéro 4 de l’équipe, néanmoins il est intelligent et a su saisir sa chance quand la hiérarchie a bougé avec la blessure de Kousha. C’est un garçon très attachant, avec ce côté un peu ‘double face’ : même s’il travaille beaucoup dans ce domaine, il a encore du mal à canaliser ses émotions sur le court, mais quelques minutes plus tard il est capable de débriefer ses matches avec lucidité et il est très à l’écoute des conseils.

Léo Gailland

Léo Gailland (à droite) a vécu des émotions fortes et engrangé une expérience qui lui sera précieuse pour les prochaines éditions (Crédit photo : World Squash)

LEELOU ET LES GARÇONS 

On n’oublie pas Leelou Laporte, qui a quitté ses camarades en cours de route (elle a termine 30 en individuel, et la France n’était pas engagée dans la compétition par équipe féminine).

💬 Renan Lavigne - Ce n’est pas facile d'être la seule fille dans un groupe, même si Leelou s’entend très bien avec eux. Elle a fait son petit bout de chemin dans le tournoi, même s’il y a encore chez elle un peu d’irrégularité dans l’engagement qui lui coûte le gain de certains matches. Par exemple, la Paraguayenne Fiorella Gatti est une joueuse solide mais elle avait les moyens de la battre. D’un autre côté, c’est aussi cette insouciance qui lui permet parfois d’être relâchée et de rentrer des shots incroyables, comme elle l’avait fait en finale du championnat d’Europe d’équipe - et le jeu qu’elle avait gagné avait contribué à la médaille d'or.

Leelou Laporte

Pour son dernier championnat junior, Leelou Laporte a terminé 30ᵉ de la compétition individuelle (Crédit photo : World Squash)

LE PALMARÈS 2026

Même si l'Indienne Anahat Singh a interrompu son hégémonie dans la compétition individuelle (sans doute de manière provisoire, car les deux médaillées de bronze sont âgées de 15 et 16 ans...), l'Égypte a encore été dominatrice. Pour l'anecdote, le pays de Pharaons a décroché au moins une médaille d'or lors de toutes les éditions des championnats du monde junior depuis 2003 ! 

Individuels garçons  

🥇 Mohamad Zakaria 🇪🇬

🥈 Adam Hawal 🇪🇬

🥉 Marwan Assal 🇪🇬 & Seif Refaay 🇪🇬

Individuels filles  

🥇 Anahat Singh 🇮🇳

🥈 Ruqayya Salem 🇪🇬

🥉 Habiba Rizk 🇪🇬 & Malika Elkaraksy 🇪🇬

Par équipe garçons  

🥇 Égypte 🇪🇬

🥈 États-Unis 🇺🇸

🥉 France 🇫🇷 & Inde 🇮🇳

Par équipe filles   

🥇 Égypte 🇪🇬

🥈 Malaisie 🇲🇾

🥉 Hong Kong 🇭🇰 & États-Unis 🇺🇸

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