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RETOUR SUR LA FOLLE SEMAINE DES BLEUES

Équipe de france 06/05/2026

Avec un groupe rajeuni et composé à 50 % de joueuses qui faisaient leurs débuts en sélection, l’équipe de France féminine a décroché une superbe médaille d’argent au championnat d’Europe.

À Amsterdam, les bleues ont remporté leurs quatre rencontres au match décisif, avant de s’incliner contre l’Angleterre en finale. Retour sur une parcours de rêve en compagnie du coach Yann Menegaux, et de l’héroïne de la semaine Lauren Baltayan.

Propos recueillis par Jérôme Elhaïk

YANN MENEGAUX : « ATTEINDRE LA FINALE, JE SAVAIS QUE C'ÉTAIT POSSIBLE. »

Yann, est-ce que tu as eu le temps de te reposer un peu après ce championnat d’Europe ?

Pas vraiment, je suis encore fatigué (ndlr : cet entretien a été réalisé lundi) La première chose que j’ai faite à mon retour est d’aller courir pour évacuer le stress, parce que ça a été une semaine intense et chargée en émotions. Principalement positives, et cette médaille d’argent est une grosse satisfaction.

Avant la compétition, tu avais dit que l'objectif était le podium voire mieux, tu avais eu le nez creux…

Pour cela, il fallait être dans la partie de tableau de la Belgique plutôt que de l’Angleterre, et le tirage au sort a exaucé nos vœux. Je savais qu’on était costauds au poste de numéro 3, mais aussi que Lauren avait toutes ses chances contre Nele Gilis et c’est pour ça que je l’avais mise en numéro 2.

Ce match a été la clé du parcours des bleues à Amsterdam, et s’est passé exactement comme on pouvait l’espérer.

Nele n’est pas trop en confiance en ce moment. Pour elle c’était le piège par excellence contre une jeune joueuse en pleine ascension, avec un jeu agressif qui ne lui convient pas trop. J’avais dit à Lauren que le plus important était de ne pas faire de fautes au début, car la belge se nourrit de ça. Ça s’est compliqué physiquement au fil du match, notamment parce que Lauren a tendance à avoir des douleurs aux périostes quand les parquets sont durs comme aux Pays-Bas. Quand Nele est revenue à 2-1, je lui ai dit que si elle ne voulait rester qu’un jeu de plus sur le court, ça ne dépendait que d’elle et elle m’a écouté (rires) !

« On savait que Lauren avait toutes ses chances contre Nele Gilis. »

Même si Lauren s’est inclinée, elle a réalisé une autre grosse performance en finale contre Jasmine Hutton, montrant ainsi qu’elle était capable de rivaliser avec des filles du top 15 mondial.

Tout à fait. Même si le cinquième jeu a été compliqué, elle avait su trouver des ressources physiques mais aussi tactiques pour revenir de 2-0 à 2-2. C’est un bulldog (sic) sur le court, elle n’a pas peur des joueuses mieux classées qu’elle.

Retour sur le parcours des bleues, photo 1

Lauren Baltayan (en bleu) a décroché la plus belle victoire de sa jeune carrière contre Nele Gilis (Crédit photo : Gerhard Nel)

Selon toi, quels sont les domaines dans lesquels Lauren a le plus progressé ?

Elle a rééquilibré son jeu à droite en améliorant son coup droit, et défend plus qu’avant. Ensuite, elle avait tendance à attaquer trop vite : elle est maintenant plus patiente, tout en ayant conservé sa capacité à marquer beaucoup de points gagnants comme elle l’a fait dans le premier jeu contre Nele Gilis.

Son statut a changé et il va y avoir des attentes autour d’elle, et ce dès cette semaine au championnat du monde individuel.

Elle se retrouve un peu dans la même situation que Melvil Scianianico, après ses performances exceptionnelles au Texas Open ses adversaires ont étudié son jeu. J’en ai parlé avec Lauren, elle m’a répondu que ça ne la dérangeait pas et qu’elle aussi observait les autres joueuses ! En plus, elle a la chance de jouer son premier tour sur le court vitré au Caire (ndlr : contre l’anglaise Lucy Turmel, qui faisait partie de l’équipe qui a battu la France samedi dernier), et elle adore ça. Il y aura eu six jours d’écart avec la finale du championnat d’Europe, elle aura eu le temps de bien récupérer.

Avec le recul, quasiment tous les choix que tu as faits pendant la compétition se sont avérés payants.

C’est vrai que ça s’est bien goupillé. Kara Lincou était arrivée la veille de la compétition en provenance des États-Unis, je la sentais un peu fatiguée et j’ai voulu la préserver lors de la première rencontre contre les Pays-Bas. En plus, Ana Munos avait déjà battu Megan van Drongelen, par contre je n’avais pas prévu qu’elle jouerait un match décisif pour sa première sélection ! Même si elle nous a fait un peu peur, elle s’en est sortie dans le cinquième jeu.

« Il y a eu une superbe cohésion au sein du groupe. »

Tu as également aligné Ana contre l’Espagne, et elle a encore été décisive.

Kara était passée à côté de son match contre l’Allemagne quelques heures auparavant, et je ne la sentais pas prête à retourner au combat. Le choix de la faire jouer en demie contre la Belgique était avant tout tactique : Savannah Moxham aime jouer en cadence, et Kara a parfaitement réussi à prendre le dessus en variant l’intensité et les hauteurs, ce qui est l’une de ses grandes forces. Cette médaille est le fruit d’un travail collectif, car Marie Stéphan a également gagné un match important contre l’Allemagne et a joué de mieux en mieux au fil de la semaine.

Retour sur le parcours des bleues, photo 2

Pour ses grands débuts en équipe de France, Ana Munos avait remporté le match décisif contre les Pays-Bas le premier jour (Crédit photo : Gerhard Nel)

Vu de l’extérieur, on a senti un groupe qui vivait bien ensemble.

Complètement, on a réussi à bâtir une vraie cohésion, ce qui n’est pas facile et je tiens à souligner le rôle d’Ingrid Petitjean en tant que préparatrice mentale. On avait mis une nouvelle avec une ancienne dans chaque chambre – malgré son jeune âge Lauren a déjà de l’expérience… - sachant que Kara et Marie s’étaient déjà côtoyées lors des Jeux Mondiaux l’été dernier. Tout le monde a trouvé sa place, Marie qui est la plus âgée est un peu le guide hors du court, alors qu’avec son énergie Lauren est une locomotive sur le court.

Décrocher la médaille d’argent, soit le meilleur résultat dans cette compétition depuis le titre de 2019, avec un groupe de 23 ans de moyenne d’âge, c’est très prometteur pour l’avenir.

Cette année, l’Angleterre était plus forte, mais comme je l’ai dit aux joueuses, elles ne peuvent que progresser et on visera la médaille d’or en 2027, même si on se méfiera évidemment des autres nations derrière nous.

Avant cela, il y aura les championnats du monde en décembre en Corée du Sud, et avec Mélissa Alves en plus la France aurait le droit d’être ambitieuse.

Tout à fait, je pense qu'on est capables d'atteindre le dernier carré.

Retour sur le parcours des bleues, photo 3

Le groupe France a vibré pendant les matches de son équipe féminine à Amsterdam (Crédit photo : Gerhard Nel)

Pour les joueuses, mais aussi pour toi en tant que coach, on rentre dans une période passionnante, avec les Jeux Européens en juin 2027, qui seront qualificatifs pour les JO de Los Angeles.

C’est clair, il va y avoir beaucoup de travail ! Pour l’instant, on a pas mal de questions liées au calendrier, et on attend que les instances y répondent. D’autre part, il est essentiel que le squash soit également présent à Brisbane à 2032, ça permettrait de véritablement travailler sur le long terme. Même s’il y a des signaux positifs, je n’y accorde pas trop d’importance, on ne pourra se réjouir que si ça se concrétise.

« Avoir deux joueuses qualifiées aux Jeux Olympiques, un objectif. »

Avoir deux françaises qualifiées pour LA 2028, c’est quelque chose que tu as en tête ?

Complètement. En tant qu’entraîneur national, je suis totalement focalisé sur cet objectif qui selon moi est atteignable, car Lauren est sur une pente ascendante et je suis convaincu que Mélissa peut monter au classement. On va tout faire pour déloger les nations qui sont devant nous*.

*Seuls deux pays, voire trois dans certaines conditions, auront deux joueuses qualifiées.

Pour conclure sur un clin d'œil, ça fait quoi de monter sur le podium du championnat d'Europe avec sa femme ?

C’était la première fois qu’elle venait sur une compétition avec les équipes de France et c’est donc notre porte-bonheur, pas étonnant vu qu’elle est née un vendredi 13 ! Plus sérieusement, je pense que les filles ont apprécié d’avoir une femme en tant que kiné, et on verra si on renouvèle l’expérience à l’avenir. Partager ce moment ensemble, c’était évidemment spécial pour nous deux.

Retour sur le parcours des bleues, photo 4

Grâce à Yann l'entraîneur (à gauche) et Emmanuelle la kiné (àe droite), la famille Menegaux a ramené deux médailles d'argent des Pays-Bas (Crédit photo : FFSquash)

L'OURAGAN BALTAYAN

Dès lundi matin, Lauren Baltayan était de retour à l’entrainement avec son coach Égyptien Ahmed Effat. « Faire des pauses, ce n’est pas trop mon truc, » nous a-t-elle dit. Entretien avec la révélation des championnats d’Europe par équipe, qui a fêté ses 19 ans mardi.

Lauren a-t-elle digéré ses performances à Amsterdam ?

J’ai revu mes matches contre Nele Gilis et Jasmine Hutton, il y a énormément de positif à en retirer. Je suis restée calme sur le court, la patience et gestion des émotions sont selon moi les domaines dans lesquels j’ai le plus progressé – grâce au travail réalisé avec mon préparateur mental. Je le vois une fois par semaine et on échange beaucoup, notamment sur la manière d’aborder les finales qui sont des matches particuliers. Le niveau que j’ai montré la semaine dernière, c’est le fruit du travail effectué à l’entraînement ces derniers mois. Je n’ai pas souvent l’opportunité de jouer des filles du top 15 mondial en compétition, mais je m’entraîne de temps en temps avec des joueuses de ce calibrer en Égypte et je sais que je suis capable de rivaliser avec elles. En plus, j’adore jouer sur un court vitré et le soutien de l’équipe de France – Yann, mes coéquipières et le staff – a été primordial, je pense que c’est ce qui a fait la différence. L’ambiance était vraiment géniale, on s’entend toutes très bien. Il n’y a pas vraiment de leader, chacune prend la parole quand elle a quelque chose à dire.

« Mon niveau actuel est le fruit du travail effectué à l'entraînement. »

Retour sur le parcours des bleues, photo 5

En remportant trois matches décisifs, Lauren Baltayan a été la carte maîtresse des bleues au championnat d'Europe (Crédit photo : Sin-Tsoij)

Lauren a encore deux tournois cette saison, le championnat du monde individuel qui démarre vendredi et le British Open fin mai.

Mon adversaire au premier tour, Lucy Turmel, m’a sans doute observé la semaine dernière. Comme je le disais, j’adore les courts vitrés et je suis ravie d’être programmée dessus. Je suis focalisée sur ce match, et je ne pense pas du tout à un éventuel 1/16è de finale contre Satomi Watanabe. Mon objectif est de monter au classement le plus vite possible, et mon calendrier du début de la saison 2026-2027 dépendra de mes résultats de ces prochaines semaines : si ça se passe bien, je pourrai me concentrer sur les gros tournois. Je vais faire un break après le British Open et je reprendrai la compétition au championnat de France Élite fin août. Avant cela, je vais faire une grosse préparation avec mon entraîneur pendant l’été, pour continuer à progresser physiquement et à faire évoluer mon jeu.

À 19 ans, Lauren a déjà un gros palmarès, est-elle attachée aux titres et aux records ?

Pas vraiment, le plus important pour moi est de prendre du plaisir sur le court et dans ce que je fais. Et de toute façon mon objectif ultime est d’être numéro 1 mondiale.

« Chaque fois que je mets le maillot de l'équipe de France, je ressens quelque chose de spécial. »

En parlant d’objectif, les Jeux Olympiques sont-ils dans un coin de sa tête ?

Oui ! Gagner les Jeux Européens, c’est le moyen le plus direct pour se qualifier, et j’ai déjà entouré la date dans mon agenda. Évidemment, il y aura beaucoup de concurrence, mais c’est dans plus d’un an et ça me laisse le temps de progresser.

Lauren est franco-égyptienne, qu’est-ce qui l’a conduit à jouer pour la France ?

La question ne s’est jamais vraiment posée dans mon esprit, ma mère est française et je me sens plus française qu’égyptienne. J’adore jouer pour l’équipe de France, et à chaque fois que j’enfile le maillot je ressens quelque chose de spécial.

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Lauren Baltayan va tenter de continuer sur sa lancée au championnat du monde individuel, qui commence vendredi (Crédit photo : Gerhard Nel)

Rendez-vous dans les prochaines heures pour la présentation des chances françaises aux championnats du monde individuels, qui commencent vendredi au Caire. 

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