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À LA DÉCOUVERTE DE ... MÉLISSA ALVÈS

Équipe de france 20/04

Entretien avec celle qui fera ses débuts en équipe de France dans quelques jours.

En plus des trois titulaires habituelles – Camille Serme, Coline Aumard, Laura Pomportes – l'entraîneur national Philippe Signoret a choisi de faire appel à Mélissa Alvès pour le championnat d'Europe (du 26 au 29 avril à Helsinki). Nous sommes allés à la rencontre de cette joueuse de 23 ans, multiple championne de France en jeunes et exilée depuis quelques années aux États-Unis.

Article de Jérôme Elhaïk

SES DÉBUTS EN GUYANE

« J’ai commencé à l’âge de cinq ans, au Tennis Squash Club de Kourou. Initialement, je devais faire du tennis. Mais il n’y avait plus de place, donc l’entraîneur m'a proposé de m’inscrire au squash en attendant et de revenir l'année suivante. J’ai démarré avec Christophe Carrouget - qui venait tout juste d’arriver en Guyane - et à l'issue de cette première saison, je n'avais plus qu'une idée en tête, continuer le squash ! » 

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Mélissa (au centre) ne manque jamais une occasion de revenir chez elle : elle a remporté l'Open de Guyane ces deux dernières années (Crédit photo : sitesquash)

Mélissa s'impose rapidement comme l'une des meilleures joueuses de sa génération, et les nombreux allers-retours vers la métropole lui permettent d'étoffer son palmarès. En 2004, elle décroche son premier titre de champion de France, en poussines, avant d'enchaîner en benjamines, minimes et cadettes. Sans oublier plusieurs titres à l'Open de France junior, et des sélections très précoces en équipe de France (-15 à 12 ans, et -19 à 16 ans).

SON ARRIVÉE EN MÉTROPOLE

« J’ai quitté la Guyane le jour de mes 16 ans. Dans un premier temps, j’ai été hébergée pendant six mois chez la maman de Coline Aumard, avant que mes parents ne me trouvent un appartement. Je quittais ma famille et mon « pays » pour la première fois. C'était dur d'être loin de mes proches et l’adaptation a été compliquée, même si j'ai été bien accueillie par les filles du pôle et par Philippe Signoret. L’intégration à l'INSEP s'est plutôt bien passée : les cours tôt le matin et les deux entraînements par jour ce n'était pas évident au début, mais on s’y fait assez rapidement. »

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Mélissa (à droite) avait terminé troisième du championnat d'Europe junior en 2012, derrière Emily Whitlock et Julia Le Coq (Crédit photo : sitesquash)

Même si la Guyane lui manque, Mélissa continue sur sa lancée : elle est triple championne de France junior de 2011 à 2013, deux fois médaillée de bronze au niveau Européen (battue par Emily Whitlock et Tesni Evans, aujourd'hui membres du top 20 mondial), et débute sur le circuit international (demi-finaliste au German Open dès son troisième tournoi). En 2013, elle est même la troisième joueuse française – après Stoehr et Serme – à atteindre les quarts de finale du championnat du monde junior. Mais sa vie va prendre une autre tournure …

LE DÉPART AUX ÉTATS-UNIS

« J'y pensais depuis l'âge de 13 ou 14 ans, même si ce sont aussi les blessures à répétition qui m’ont poussée à prendre cette décision. En 2011, les championnats du monde avaient eu lieu à Boston, et j'avais pu découvrir les infrastructures ainsi que les opportunités proposées par les universités américaines. C'est à partir de ce moment là que je m'y suis vraiment intéressée et que j'ai commencé à faire les démarches nécessaires. J'ai été contactée par plusieurs coaches, puis en 2013 je suis partie faire une année dans un lycée près de Trinity College pour apprendre l’anglais. J'ai postulé dans plusieurs universités et j’ai choisi Upenn (University of Pennsylvania). Ça fait 3 ans que je vis à Philadelphie et je ne regrette absolument pas ma décision. Quand j’ai quitté Paris, c’était le moment pour moi de changer d’environnement. Je commençais à manquer de motivation et je me blessais très souvent. À Upenn, j’ai retrouvé l’envie de jouer et de m’entraîner dur pour progresser. Je pense que le fait de jouer en équipe y est pour beaucoup. Il faut être forte et gagner pour ne pas décevoir ses partenaires, ça décuple la motivation. »

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Mélissa a retrouvé la motivation en Pennsylvanie et les résultats n'ont pas tardé à suivre (Crédit photo : www.thedp.com)

Et le moins que l'on puisse dire est qu'elle joint les actes à la parole : Mélissa n'a perdu que deux fois en trente-quatre matches avec UPenn et est invaincue depuis deux saisons ! Son équipe a même atteint deux fois la finale des championnats universitaires, le meilleur résultat de son histoire.

L'EXPÉRIENCE AMÉRICAINE

« Il y a dix ans, le niveau en université américaine était très inférieur à celui du circuit européen. Aujourd’hui, il y a de plus en plus de joueurs étrangers (en provenance d’Égypte, d'Inde, de Malaisie, d'Angleterre, etc.) qui tentent « l’aventure américaine » et le niveau augmente d'année en année. On s’entraîne entre 7 et 8 fois par semaine à partir du mois de septembre. Les séances bi-quotidiennes, ce n'est pas facile car il y a pas mal d’heures de cours et surtout beaucoup de travail personnel à fournir pour avoir le niveau scolaire requis. Mais ce qui est très pratique, c’est que tout est à proximité : les courts de squash sont à côté de la salle de musculation, qui est à côté de la piste d’athlétisme, etc. L’université est comme une petite ville où tout est à portée de mains ! De plus, les examens de fin d’année sont au début du mois de mai et les cours ne reprennent qu'en septembre, cela laisse donc le temps de faire des tournois pendant l’été. Selon moi, cette facilité à mener le double projet sport et études est la raison pour laquelle de nombreux joueurs ont choisi cette option. On peut obtenir un diplôme d’un établissement très réputé tout en continuant à s’entraîner et à progresser. »

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Mélissa, ici avec son équipe des Quakers, s'est parfaitement intégré à Philadelphie (Crédit photo : Facebook Penn Squash)

SA PREMIÈRE SÉLECTION EN ÉQUIPE DE FRANCE SENIOR

« Quand je suis partie il y a quatre ans, je pensais que je ne ferais sans doute plus jamais partie de l'équipe de France. Je souhaitais me concentrer sur mes études, mettre le squash de côté et simplement jouer pour m’amuser. Mais une fois aux États-Unis j’ai retrouvé l’envie, et j’ai réalisé que je pouvais progresser et rejouer à un bon niveau si je m’entraînais dur. Si je suis sélectionnée, c’est que l’entraîneur estime que j’ai le niveau requis, et ça me fait très plaisir car j’ai toujours adoré les compétitions par équipes. Jouer avec Camille, mais aussi avec Coline et Laura, c'est bien sûr un honneur. J'ai eu la chance de m’entraîner avec Camille et Coline pendant quatre ans au pôle France à Créteil et j’ai hâte de disputer le championnat d’Europe avec elles ! »

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Cinq ans après sa médaille au bronze au championnat d'Europe junior par équipes, Mélissa va retrouver les Bleues (Crédit photo : sitesquash)

SON AVENIR À COURT TERME

« J'en ai discuté récemment avec Philippe, c'est vrai que j'ai envie de disputer des tournois en PSA cet été. Afin de pouvoir vraiment juger mon niveau de jeu, et de savoir s'il est suffisant pour me lancer sur le circuit après mes études. L'un des inconvénients des États-Unis est que l’on joue souvent contre les mêmes adversaires, dont très peu jouent sur le circuit. Du coup, on ne sait pas ce que l'on vaut en termes de classement mondial. Dans le même temps, je n'oublie pas que je dois aussi me concentrer sur mes études et mon projet professionnel en dehors du squash. Mais si j’ai toujours autant envie de jouer et que j'ai le niveau, alors oui j'aimerais tenter l'expérience de joueuse professionnelle. » 

Elle pourrait d'ailleurs ne pas être seule sur la tournée estivale en Australie. « En effet, Reeham Sedky (numéro 1 dans l'équipe de Penn, que l'on avait découvert au championnat du monde par équipes dernier en décembre à Paris avec l'équipe américaine) va peut-être m'accompagner. C’est une super équipière, et une grande compétitrice ! C’est vrai qu’elle a un style de jeu particulier (elle est surnommée The Hammer en raison de ses frappes surpuissantes) mais surtout efficace. Elle est très puissante et très rapide. S'entraîner avec elle, c'est super, car elle se donne toujours à 100 % et est toujours partante pour des séances supplémentaires en dehors des heures de cours ou d’entraînement. Je suis persuadée que si elle se lançait sur le circuit mondial, elle attendrait rapidement le top 30. »

 

PAROLES DE COACH : PHILIPPE SIGNORET

« La sélection de Camille, Coline et Laura est évidemment logique au vu du dernier championnat du monde et des résultats depuis sur le circuit depuis. Concernant Mélissa, je la connais évidemment très bien puisqu'elle a passé plusieurs années au pôle France, mais je l'ai également suivie de près depuis son départ aux États-Unis (nous l'avions déjà interrogé au sujet des joueuses françaises en université américaine après le championnat du monde, voir l'article Les Bleues ont atteint leur rêve). Elle a effectué une excellente saison au poste de numéro 2, et même si son équipe a perdu en finale elle a battu une très bonne joueuse (l'Anglaise Georgina Kennedy). Le match était diffusé sur SquashTV et je l'ai regardé attentivement. Elle est venue il y a quelques semaines à Créteil pour une série de test matches, qu'elle a tous remportés, le plus serré ayant été contre Énora Villard.

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Mélissa aux côtés de Philippe Signoret et Camille Serme après la victoire de la numéro 1 française à l'US Open à l'automne 2016 (Crédit photo : Facebook Camille Serme)

Dans quels domaines s'est-elle le plus améliorée ? Elle s'est affinée et a du coup progressé physiquement. Elle s'entraîne plus dur qu'avant, c'est une fille intelligente et elle est la première consciente qu'elle était autrefois un peu « feignante. » D'ailleurs, on en rigole ensemble aujourd'hui ! Elle a gagné en maturité suite à ses blessures, notamment cette fracture à cause de laquelle elle a encore une vis dans le pied. Elle s'est également endurcie mentalement : en université américaine il y a une grosse concurrence, et les filles n'ont pas d'autre choix que d'être performante. Mais ça ne veut pas dire que partir aux États-Unis est forcément la solution pour progresser. C'est comme si tu me demandais si la meilleure option est d'aller en pôle ou de rester dans son club : chaque joueuse est différente et de nombreux facteurs rentrent en compte, par exemple l'entourage.

Mélissa est très motivée pour tenter la tournée des tournois PSA en Australie cet été. Elle a encore un an d'études, et je crois qu'elle ne serait pas contre une expérience sur le circuit avant de se lancer dans le monde du travail. Son niveau actuel ? Top 100, certainement, peut-être même 70-80. Mais ça dépendra de plusieurs choses, comme son implication, sachant que pour progresser au classement il y a plusieurs caps à franchir, certains plus difficiles que d'autres. »

On connait depuis quelques jours la composition des groupes pour le championnat d'Europe par équipes

Femmes

Poule A : [1] Angleterre, [4] Pays de Galles, [5] Belgique, [8] Danemark

Poule B : [2] France, [3] Pays-Bas, [6] République Tchèque, [7] Espagne 

Hommes

Poule A : [1] Angleterre, [4] Allemagne, [5] Espagne, [8] Suisse

Poule B : [2] France, [3] Ecosse, [6] Finlande, [7] République Tchèque

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Ne manquez pas notre présentation de la compétition en début de semaine prochaine.

 

 

MÉLISSA ALVÈS – BIO

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 (Crédit photo : Twitter Penn Squash)

23 ans, assimilée n°5 française

Joue pour l'Université de Pennsylvanie, licenciée à l'US Créteil en France

Entraîneurs : Christophe Carrouget (Kourou), Philippe Signoret (Créteil), Jack Wyant (Penn)

PSA

Meilleur classement mondial : 109ème en janvier 2013

Finaliste du Montreal Open 2015

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Pour sa première finale sur le circuit PSA, Mélissa s'était inclinée contre sa compatriote et coéquipière à UPenn Marie Stéphan (Crédit photo : sitesquash)

Demi-finaliste du German Open 2010

États-Unis

Finaliste du championnat universitaire par équipes 2016 et 2017

France

Meilleur classement français : 7ème en janvier 2013

Quart de finaliste du championnat de France 2009 et 2013

Championne de France -11 ans 2004, -13 ans 2005 et 2006, -15 ans 2008, -17 ans 2009, et -19 ans 2011, 2012 et 2013

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Premier titre de championne de France junior à Echirolles en 2011 (Crédit photo : sitesquash)

International

Médaille de bronze au championnat d'Europe junior 2011 et 2012

Vice-championne d'Europe par équipes -15 ans 2008

Vice-championne d'Europe par équipes -17 ans 2010

Médaillée de bronze au championnat d'Europe par équipes junior 2010 et 2012

Vainqueur de l'Open de France Junior -13 ans 2005, -15 ans 2008, et -17 ans 2009 et 2010

Vainqueur du Belgian Junior Open -13 ans 2005 et -15 ans 2007

Vainqueur du Pioneer Junior -13 ans 2005

Vainqueur du Dutch Junior Open -15 ans 2007 et -19 ans 2012

Finaliste de l'Open de France Junior -19 ans en 2011 et 2012

Quart de finaliste du championnat du monde junior 2012

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