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LE CLUB DE LA SEMAINE : SQUASH FITNESS PARADIS (SAINT-PIERRE, LA RÉUNION)

Promotion 05/02

Les structures et associations sont de véritables partenaires de la Fédération au quotidien, et nous mettons en avant ceux qui contribuent le plus au rayonnement du squash dans notre rubrique "Le club de la semaine".

Pour ce trente-et-unième numéro, nous prenons pour la première fois la direction de l'île de la Réunion, avec un focus sur le Squash Fitness Paradis.

Article de Jérôme Elhaïk

UNE AFFAIRE DE FAMILLE

LE DÉBUT DE L'HISTOIRE. Avant de vous raconter l'histoire du Squash Fitness Paradis, il faut commencer par s'intéresser à celle de la famille Lincou, l'un des patronymes les plus célèbres dans le monde du squash. Le père, Daniel, est né à Castelnaudary mais a fait sa vie à la Réunion avec sa femme Céline. « J'ai découvert le squash, sport que je ne connaissais pas du tout, lors de vacances en métropole au début des années 80, » raconte-t-il. « À l'époque, il dépendait de la Fédération Française de Tennis. » De retour chez lui, il se lance avec quelques amis dans la construction du premier court de l'île, dans un silo à maïs à proximité du domicile familial*. « Il n'était pas tout à fait aux bonnes dimensions, mais qu'importe, » ajoute celui qui fêtera ses 74 ans en juin. « Dans un premier temps, ce court privé nous a servi de défouloir, puis rapidement mes deux fils ont voulu essayer. Ils y passaient des heures tous les deux, sans entraîneur. » L'histoire raconte que Thierry, de trois ans son cadet, a dû attendre longtemps avant de battre son grand frère Pascal. Ils suivront ensuite des chemins différents : le premier aura eu l'incroyable carrière que l'on sait, avec en point d'orgue un titre de champion du monde et une place de numéro 1 mondial en 2004, et le second deviendra un éducateur reconnu, puis gérant du club qui est l'objet de cet article.

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Photo souvenir de la famille Lincou et de leurs amis, devant le court construit il y a 40 ans (Crédit photo : FabSquash)

De son côté, Daniel Lincou va prendre une part prépondérante dans le développement du squash à la Réunion. Aussi bien en tant que président du club de l'ASCTR (« La municipalité nous a soutenus, et un deuxième court a été ajouté, ») que de la ligue, dont il fût le membre fondateur. Avec d'autres, il va contribuer à la période dorée du squash "pei", qui empile les titres de champions de France en jeunes dans les années 90 et 2000. Même s'il est encore président de l'association Squash Paradis, Daniel Lincou a su prendre du recul. « Je suis le papy, » rigole-t-il. « Quand je viens au club, c'est pour pour faire du relationnel. C'est Pascal qui s'occupe du développement de l'association. Surtout qu'Internet et moi, ça fait deux ... »

*Il y a quelques années, SiteSquash avait consacré un long et excellent article à Daniel Lincou, à lire ici.

LE PARADIS, UN NOUVEAU DÉPART. On vous a déjà raconté plus haut comment Pascal Lincou a découvert le squash. Même s'il est un bon joueur (il a atteint la 30ème place au classement Français), l'aîné s'est réalisé dans une autre voie que son champion du monde de frère : la formation. « Dès l'âge de 15 ans, j'encadrais des jeunes, » indique-t-il. « C'était les balbutiements de la discipline à la Réunion et il n'y avait quasiment pas de prof de squash. En ce qui me concerne, j'ai très rapidement obtenu mes diplômes. » Il a à peine 20 ans lorsqu'il décroche son Brevet d'État 1er degré, avant d'enchaîner avec le BE2. Que ce soit en tant qu'entraîneur à l'ASCTR, ou que conseiller technique de la ligue, il va former et encadrer de nombreux jeunes talents (par exemple Célia Allamargot, multiple championne de France, pour ne citer qu'elle). À la fin des années 2000, son parcours va prendre un nouveau virage. « J'ai eu quelques divergences de vue avec les dirigeants de l'association, et j'ai quitté l'ASCTR, » explique-t-il. « Je voulais prendre mon indépendance tout en continuant à former des jeunes - c'est ce qui m'a toujours fait avancer. C'était également l'occasion pour moi et ma femme de nous lancer dans un projet ensemble. » Diététicienne de métier, Vicky Lincou a installé son cabinet au sein de la structure dont elle est co-gérante avec son époux « On a tout fait de A à Z, » ajoute Pascal. « Achat du terrain, construction des trois courts, sans oublier la salle de danse à l'étage. » Ouvert en 2010, le Squash Fitness Paradis organise son premier open en novembre 2011.

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Le couple Lincou, Pascal et Vicky (ici en compagnie de leurs deux filles Kara et Cassy) se sont lancés dans l'aventure du Squash Fitness Paradis il y a un peu plus de dix ans (Crédit photo : Pascal Lincou)

Bien d'autres suivront, et le club accueillera une cinquantaine de joueurs ce weekend à l'occasion des championnats de ligue 2ème et 4ème série. L'occasion pour Pascal Lincou d'endosser l'une de ses nombreuses casquettes, celle de juge-arbitre. « C'est vrai qu'en plus d'entraîner les jeunes et de gérer la structure, je m'occupe de l'association. Même si mon père est encore président, il a pris du recul ce qui est normal à son âge. Mais je m'efforce de faire perdurer son état d'esprit, qu'il avait également insufflé lorsqu'il était à la tête de la ligue. » Et lorsqu'on l'interroge sur ses projets pour le moyen et le long terme, le Saint-Pierrois dépasse l'horizon de son propre club, pour se projeter à l'échelle régionale. « La ligue possède un court vitré, qui est hélas stocké dans des cartons, » rappelle-t-il. « Idéalement, il faudrait trouver un lieu pour l'installer et construire un centre d'entraînement, qui servirait de vitrine pour notre discipline. En outre, ça fait longtemps qu'on n'a pas organisé de gros tournoi à la Réunion. Faire venir de grands joueurs, ça permettrait de faire briller le squash. » Alors que la ligue a connu quelques années difficiles, mais que ses nouveaux dirigeants s'efforcent de la relancer, Pascal Lincou souhaiterait que « tous les clubs aient une école de jeunes. Je ne sais pas si on peut dire que nous sommes une terre de squash : ça dépend des endroits, même si tout le monde sur l'île sait que Thierry a été champion du monde. Mais oui, ici les gens ont la culture du sport. Le Réunionnais a des qualités physiques, est souvent en extérieur et est un touche-à-tout. »

LES JEUNES AU CENTRE DU PROJET. Même si son quotidien ne le cantonne pas à une seule tâche, Pascal Lincou ne cache pas que celle qu'il préfère est d'encadrer et de former les jeunes. « Je m'occupe également des adultes et on essaie d'ailleurs de dynamiser la pratiquer. Mais c'est vrai que c'est difficile de dire combien d'heures je consacre aux jeunes dans une semaine, et heureusement que j'ai la chance d'être aidé par cinq ou six éducateurs bénévoles sinon ça ne serait pas possible : en plus de l'école de squash (NDLR : qui compte une cinquantaine de membres, et est l'une des six en France à être labellisée 5 étoiles par la FFSquash), j'ai les séances individuelles avec Kara. » Championne de France -17 ans il y a quelques mois après plusieurs accessits, sa fille vient de se lancer avec brio sur le circuit professionnel (voir ci-dessous). « Elle sert de moteur pour les autres jeunes, mais il peut aussi y avoir un petit peu de jalousie de temps en temps, » explique le papa-coach. « C'est à moi de faire en sorte que tout se passe pour le mieux, et que tout le monde se tire vers le haut. » Depuis quelques semaines, la ligue Réunionnaise de squash a mis en place un centre d'entraînement régional réparti sur deux sites : le Jardin du Squash au nord, et le Squash Fitness Paradis au sud : les meilleurs jeunes du club, une petite dizaine, bénéficient d'une séance hebdomadaire supplémentaire. Outre Kara Lincou, il y a entres autres, Oliver Lamilango, ancien vice-champion de France -15 ans, son frère Lucas, Mathieu Lova, Enaël Houllier, Romane Vitry, récente demi-finaliste nationale en -13 ans, Maxime Aubry numéro 2 français en -15 ans et qui selon son entraîneur « est passé plusieurs près d'un gros résultat en championnat de France. »

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Pour Pascal Lincou, l'encadrement et la formation des jeunes a toujours été une priorité (Crédit photo : Squash Fitness Paradis)

« C'est encore un peu tôt pour tirer des conclusions, mais on commence à observer des effets positifs. Pour eux, c'est également une reconnaissance de faire partie des meilleurs jeunes de la ligue. Une chose est sûre, mes gamins sont au taquet (sic), et ils me demandent en permanence quand seront les prochains championnats de France, notamment des -11 ans qui n'en ont jamais disputé. Malheureusement, je suis dans l'incapacité de leur donner une réponse. » Concernant son approche de l'entraînement, Pascal Lincou ne cache pas qu'il a été fortement influencé par Paul Sciberras, entraîneur historique de Thierry. « Il est encore en activité, je continue à le suivre, » précise-t-il. « J'essaie de promouvoir sa démarche, qui s'appuie sur des choses fondées scientifiquement. Mais il ne faut pas avoir des idées arrêtées quand on est entraîneur, le plus important est de s'adapter aux qualités de chacun. » 

PALMARÈS ET GRANDES DATES 

☛ Si vous suivez le squash de près, vous avez forcément entendu son nom ces derniers mois : après trois médailles de bronze dans les catégories inférieures, Kara Lincou a remporté son premier titre de championne de France en -17 ans, en septembre à Chartres. Un beau clin d'œil, car son oncle Thierry s'était imposé dans cette épreuve 29 ans avant elle. Cette victoire a d'autant plus de saveur qu'elle a été obtenue aux dépens de Ninon Lemarchand, qui lui avait si souvent barré la route de la finale auparavant. « Je pense que ce qui a fait la différence, c'est le mental, » nous avait confié la n°19 Française quelques jours plus tard. « Le confinement a été important, » souligne son papa coach. « Kara en a profité pour faire le point sur elle-même, elle a gagné en maturité et en autonomie. » Pour expliquer la progression de sa fille, Pascal Lincou fait également référence à sa participation fréquente à des tournois masculins adultes, seule manière d'avoir de la confrontation à la Réunion. « Les filles de mon âge ont un jeu académique, » confie Kara. « Au contraire, certains joueurs amateurs font parfois un peu n'importe quoi sur le court (rires) mais ça permet de travailler la prise d'information. » Depuis sa victoire en Eure-et-Loir, elle a repris cette habitude, mais a aussi et surtout réussi ses débuts sur le circuit international. Au Squash 95, elle a tout d'abord battu Yuna Loäec avant de donner une belle réplique à Énora Villard en quart de finale, sous le regard attentif de l'entraîneur national Philippe Signoret.

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Après trois médailles de bronze, Kara Lincou a été récompensée de sa persévérance en devenant championne de France -17 ans il y a quelques mois (Crédit photo : FFSquash)

La suite pour Kara, ce sera le PSA Challenger du Havre ce weekend (avec un premier tour face à Mélissa Alves, 31ème mondiale ...) et celui du Mulhouse dans quelques jours. C'est tout le squash Réunionnais qui va suivre ses prestations à distance, à commencer par son entraîneur de père. Mais aussi un certain Thierry Lincou, qui observe sa nièce avec bienveillance depuis les États-Unis où il est installé depuis de nombreuses années. « Je sais que Kara aime vraiment le squash, qu'elle se donne les moyens et qu'elle se projette dans le futur, » nous confiait l'ancien champion du monde il y a quelques mois. « Je lui souhaite le meilleur, le plus important est qu'elle soit heureuse et en paix avec elle-même. Elle doit suivre son propre chemin, et construire sa propre histoire ... »

☛ Kara Lincou n'est pas la seule jeune fille à avoir fait briller les couleurs du club à l'échelle nationale : après avoir échoué deux fois au pied du podium, en -15 et -17 ans, Océane Cebollada avait réalisé un joli tir groupé avec deux médailles de bronze au printemps 2016, aux championnats de France 2ème série et -17 ans. Elle avait également remporté le championnat de France Interligues fin 2012, aux côtés de Laura Gamblin et Anna-Blue Houareau. Océane a disputé plusieurs tournois européens junior (avec quelques places dans le top 10) et a participé au championnat d'Europe -19 ans individuel en 2017.

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En 2016, Océane Cebollada était montée sur la troisième marche du podium, également au championnat de France -17 ans (Crédit photo : https://www.clicanoo.re/)

☛ D'autres représentants du Squash Paradis ont obtenu des places d'honneur en championnat de France : Cédric Bourgois, 4ème en 3è série en 2016 et comme évoqué plus haut les jeunes Maxime Aubry (5ème en -11 ans, également en 2016), et plus récemment Romane Vitry, 4ème en -13 ans en 2020.

☛ Côté organisation, Pascal Lincou et les membres de l'association Squash Paradis n'ont pas chômé depuis le premier open, les 12 et 13 novembre 2011. Tous les ans, le club accueille des opens jeunes, des championnats de ligue (jeunes et adultes), et plusieurs étapes de son Trophée : les joueurs marquent des points à chaque étape en vue du classement final. Numéro 1 de l'île depuis de nombreuses années, Billy Paton s'est très souvent imposé, mais en son absence c'est Oliver Lamilango qui a remporté le dernier tournoi en date, en novembre 2020. Ces deux joueurs feront partie des favoris au championnat de la Réunion 2ème série, qui a lieu samedi et dimanche chemin Bordier. La saison 2020-2021 est d'ailleurs particulièrement chargée, avec 11 weekends de compétition pour le club.

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Au Squash Paradis, les tournois rassemblent toujours de nombreux participants (Crédit photo : Squash Fitness Paradis)

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18, chemin Bordier, 97410 Saint-Pierre, la Réunion

Tél. : 06 92 66 43 93

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Rendez-vous le vendredi 19 février pour le trente-deuxième épisode du "Club de la semaine", qui sera consacré au Dumbéa Squash Club. 

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