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RENAN LAVIGNE : « ON N’EST PAS HABITUÉS À GÉRER CE GENRE DE CONTEXTE »

Équipe de france 05/12

Après le choc de l'élimination en quart de finale du championnat du monde par équipe contre Hong Kong, l'équipe de France a fini sur une bonne note en décrochant la cinquième place dimanche. À l'issue de la rencontre contre la Nouvelle-Zélande, Renan Lavigne a tenu à prendre la parole devant le public de la Salle Vallier.

Renan Lavigne

« Si on m'a avait dit qu'on jouerait le dimanche, j'aurais signé tout de suite, mais je n'aurais pas cru que ce serait pour disputer cette place, » a-t-il indiqué, tentant d'atténuer la déception par une note d'humour. Il a ensuite remercié les « vrais, les puristes, qui se sont déplacés samedi matin pour nous encourager contre l’Écosse. Ils se reconnaîtront, et leur soutien nous a fait du bien car la défaite en quart nous a fait vraiment très mal. » Quelques minutes plus tard, nous avons retrouvé l'entraîneur des Bleus, pour tenter de comprendre les raisons de cet échec.

Jérôme Elhaïk : Renan, je suppose que vous avez eu le temps de faire une première analyse de la défaite contre Hong Kong ? Quelles sont les conclusions qui en ressortent ?

Renan Lavigne : Bien sûr, depuis deux jours on a débriefé tous ensemble. Entre membres du staff, le staff avec les joueurs, et je sais qu'ils ont aussi parlé entre eux. Chacun a pu prendre la parole et donner son ressenti, ce qui est une bonne chose. Les explications sont multiples. La première, c'est la performance des joueurs de Hong Kong, notamment Tsz Fung Yip qui a joué « dans la zone. » Alors que de notre côté, on a été en dedans. Mathieu (Castagnet), ça fait un an et demi qu'il est miné par les blessures. Il a envie de sortir de ce cycle, mais il doit se persuader qu'il est capable de revenir à son niveau de début 2016. Pour cela, il doit se débarrasser des pensées négatives qui lui polluent l'esprit, et il va entamer un travail mental spécifique pour y parvenir. Concernant Grégoire, il est capable de beaucoup mieux que ce qu'il a montré vendredi soir, il le sait parfaitement. L'un comme l'autre doivent revoir certaines choses dans leur approche, car la concurrence est de plus en plus rude et les autres joueurs s'entraînent autant que nous.

Gaultier Lee

Malgré la victoire de Grégory Gaultier, les Bleus ont dû s'incliner contre les joueurs de Hong Kong, auxquels Lavigne rend hommage

Les autres raisons sont selon moi liées au contexte. Premièrement, le fait de ne pas avoir de tournoi majeur en France nous pénalise, car nos joueurs sont quasiment les seuls à ne pas être habitués à gérer un gros événement à la maison. Ensuite, il y a les conditions de jeu : il faisait assez froid sur les courts toute la semaine, et on se rapprochait de celles qu'on peut retrouver à Hong Kong, notamment en termes de rebond de la balle. C'est un peu dommage d'être l'équipe qui évolue à domicile et d'avoir des conditions qui favorisent l'adversaire …

J.E. : Peux-tu nous dire quelques mots sur les heures qui ont suivies la rencontre vendredi soir ?

R.L. : C'était vraiment très dur à vivre. Il y avait énormément d'abattement et on s'est remis en question. Le point positif, c'est qu'après en avoir discuté, les quatre joueurs étaient prêts à jouer et à « aller au charbon » contre l’Écosse. J'ai fait le choix de sortir Mathieu car j'ai estimé que c'était celui qui était le plus fatigué physiquement, même si Grégoire était peut-être le plus marqué car il avait perdu le match décisif.

«  L'élimination contre Hong Kong a été vraiment très dure à vivre, il y avait énormément d'abattement »

J.E. : Pourquoi ce choix de ne pas faire jouer Grégory Gaultier contre la Nouvelle-Zélande ?

R.L. : Tout d'abord, je tiens à dire que Grégory a été irréprochable cette semaine, il a répondu présent sur le court alors qu'il a eu quelques soucis pendant la préparation. Il est au sommet du squash mondial depuis de nombreuses années, dans quasiment tous les tournois qu'il dispute il est en demi-finale ou en finale, donc jouer les places 5-8 ce n'est pas facile pour lui. Notre réflexion, c'était de montrer que l'équipe de France pouvait gagner sans lui. C'était d'ailleurs la première fois que Grégoire jouait numéro 1 en sélection, et il a fait un super match contre Paul Coll, ça fait plaisir de le voir jouer comme ça. On est contents d'avoir su réagir, c'était important de ne pas galvauder cette cinquième place, ainsi que d'avoir pu montrer que l'équipe de France ce n'est pas que Grégory Gaultier.

Marche Serme Castagnet

Contre la Nouvelle-Zélande, l'équipe de France - Serme, Marche, Castagnet - a prouvé qu'elle pouvait gagner sans sa figure de proue

J.E. : La suite, c'est quoi pour les joueurs de l'équipe de France ?

R.L. : Tous disputent le championnat du monde individuel dans quelques jours. C'est la beauté du sport, on a généralement la possibilité de rebondir assez vite après un échec. Concernant l'équipe, il y a le championnat d'Europe dans quelques mois, où nous aurons évidemment l'ambition de conserver notre titre.

«  Je m'inscris totalement dans le projet de l'équipe de France »

J.E. : Tu as souvent regretté l'écart de niveau entre tes quatre joueurs majeurs et les autres joueurs Français. Mais les choses évoluent dans le bon sens, avec plusieurs jeunes qui ont eu de bons résultats récemment.

R.L. : En effet, on sent un frémissement, et on a besoin que d'autres joueurs montrent le bout de leur nez et créent une émulation, sinon ceux qui sont en place peuvent se reposer sur leurs lauriers. Tous les jeunes du pôle France d'Aix progressent au classement, que ce soit Benjamin Aubert, Sébastien Bonmalais, Victor Crouin, Baptiste Masotti. Ce dernier a effectué un gros travail mental, et ça porte ses fruits puisqu'il a eu une balle de match contre Richie Fallows cette semaine à Londres. Je n'oublie pas Auguste Dussourd, qui a remporté plusieurs tournois et a effectué un bond au classement (NDLR : il est 79ème mondial au 1er décembre. Petite statistique intéressante, c'est la première fois que cinq joueurs Français sont parmi les 80 premiers depuis juin 2012 et la retraite de Thierry Lincou). Il est venu s'entraîner quelques fois à Aix dernièrement, ce qui est bénéfique : à la fois pour lui en termes de confrontation, qu'il n'a pas à Créteil, et pour les autres car Auguste amène quelque chose de différent, c'est un joueur malin.

Dussourd Crouin

Auguste Dussourd et Victor Crouin (ici lors de leur récente finale à Château-Arnoux) sont deux des jeunes joueurs que Lavigne suit particulièrement (Crédit photo : Hibouweb)

J.E. : Cet échec ne remet pas en cause ton envie de rester l'entraîneur de l'équipe de France à moyen terme ?

R.L. : Ce n'est pas un secret que j'ai refusé il y a quelques mois une proposition de Hong Kong, alors que j'étais en contact très avancé avec la Fédération pour prendre le poste d'entraîneur national. J'ai décidé de rester car je m'inscris totalement dans le projet français. Mais il faut être conscient que les autres pays travaillent aussi dur que nous, et que certains sont à la pointe, par exemple en matière d'analyse de la performance (vidéo, statistiques etc.). Si on veut continuer à progresser, il faut que nous aussi on s'en donne les moyens.

Photos de Philippe Rochais

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