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ANNECY PSA OPEN : BENJAMIN AUBERT, L'AVENIR DEVANT LUI

Événements 25/03

Et dire qu'il avait failli déclarer forfait juste avant le tournoi ! Benjamin Aubert a bien fait de passer outre les recommandations des médecins, puisqu'il a remporté le week-end dernier son premier titre sur le circuit international.

Il rejoint ainsi le club très fermé des joueurs français à l'avoir fait à moins de 20 ans. Une performance qui l'autorise à rêver à un avenir radieux, s'il continue sur cette lancée. À condition évidemment d'être enfin épargné par les blessures avec lesquelles il doit composer depuis de nombreuses années, et qui l'ont empêché de remporter le moindre titre de champion de France en jeunes. Entretien avec le premier vainqueur de l'Annecy PSA Open, et témoignages des personnes qui ont compté ou comptent encore dans sa carrière.

Article de Jérôme Elhaïk

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L'explosion de joie de Benjamin Aubert après sa victoire à Annecy illustre bien toute sa détermination (Crédit photo : Draz Foto)

Jérôme Elhaïk : Salut Benjamin. Première finale, première victoire en PSA ! Quel est ton sentiment avec un peu de recul, surtout qu'apparemment tu as failli ne pas jouer ?

Benjamin Aubert : En effet, c'est un sentiment assez bizarre car depuis fin février, je souffre d'une micro-déchirure au grand droit fémoral, qui s'est résorbée mais qui est devenue une inflammation au niveau de l'adducteur. J'avais même fait faire un certificat médical la veille du départ pour Annecy, mais j'ai quand même décidé de jouer. J'ai avancé dans le tournoi match après match, en essayant de ne pas passer trop de temps sur le court pour ne pas aggraver ma blessure. Mais finalement, elle ne m'a pas trop gênée et je me suis retrouvé contre Baptiste (mon grand frère) pour ma première finale en PSA, que je gagne en quatre jeux. Avec du recul, je suis vraiment content de remporter ce premier titre et d'atteindre l'un de mes principaux objectifs de la saison.

Jérôme Elhaïk : Tu as eu une première partie de saison un peu compliquée, avec des blessures et quelques défaites inattendues, par exemple contre Peter Marshall à Londres. J'ai l'impression que ton succès au National de Toulouse fin janvier, où tu bats notamment Tom Ford en demi-finale, t'as fait beaucoup de bien au niveau de la confiance ?

Benjamin Aubert : Comme l'année dernière, j'ai été blessé jusqu'à la fin du mois d'octobre. Et en effet lors de mon tournoi de reprise à Londres, au premier tour des qualifications, je joue Peter Marshall, ancien numéro 2 mondial aujourd'hui âgé de 45 ans et qui joue à deux mains. Les vétérans ne me réussissent pas en général, et ça n'a pas loupé puisque je perds en cinq jeux. Et oui c'est vrai que cette victoire à Toulouse m'a fait du bien, car je marche beaucoup avec la confiance. Comme me le disaient Yann Perrin et Baptiste Masottti quelques jours auparavant, « tout est dans ta tête... »

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Avant de l'affronter en finale, Baptiste Masotti avait conseillé Benjamin Aubert lors des tours prédédents (Crédit photo : Draz Foto)

Jérôme Elhaïk : Avec cette victoire, tu vas te rapprocher d'un classement PSA plus conforme à ton niveau (il est actuellement 199ème), et tu enchaînes avec une tournée en Afrique du Sud. Ce sera ta première en seniors. Récemment Laura Gamblin disait qu'elle n'était pas forcément ravie de quitter les juniors, et que le monde professionnel était plus solitaire et moins convivial, est-ce que tu es d'accord ?

Benjamin Aubert : En effet, je devrais gagner environ 40 places au classement mondial d'après ce qu'on m'a dit. Concernant l'Afrique du Sud, j'ai hâte d'y être, et comme je n'y vais pas tout seul (plusieurs jeunes français seront du voyage : Auguste Dussourd, Enzo Corigliano, Elise Romba, Julie Rossignol, Laura Gamblin) je n'ai aucune appréhension. Je suis tout à fait d'accord avec Laura, je dois avouer que ça me fait chier (sic) de ne plus être junior, je garde de très bons souvenirs de cette période. Mais c'est comme ça, il faut avancer.

Jérôme Elhaïk : Comme je disais précédemment ton classement ne reflète pas ton niveau, en grande partie parce que tu es souvent blessé. Est-ce que tu connais les causes, et comment le vis-tu sur le plan psychologique ?

Benjamin Aubert : Je pense avoir du retard au niveau du renforcement musculaire. On va mettre l'accent là dessus avec Renan Lavigne (son entraîneur à Aix-en-Provence), quitte à réduire mes séances de squash pendant un certain temps. Quand je suis blessé, je suis souvent déprimé, et je me pose trop de questions. Je peux être difficile à vivre, notamment pour ma famille, et je veux que ça s'arrête.

Jérôme Elhaïk : Dernière question. Qu'as-tu pensé de l'open d'Annecy ?

Benjamin Aubert : C'est assez rare de voir une organisation comme ça sur un 5 000 $. Toutes les personnes du club ont été géniales, mais j'aimerais remercier en particulier Sébastien Singh et la famille Segers qui m'a hébergé. Je reviendrai sans hésitation l'année prochaine.

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Benjamin Aubert a rejoint le club très fermé des joueurs français à avoir remporté leur premier titre international à moins de 20 ans (Crédit photo : Draz Foto)

 

BENJAMIN AUBERT VU PAR SES PROCHES

Nous avons demandé à des acteurs majeurs du squash français, qui le côtoient au quotidien ou l'ont côtoyé de près dans le passé, de nous donner leur avis sur le lauréat du premier Open d'Annecy. Il est question de talent, de passion du squash, d'amitié, de perspectives d'avenir ...

Grégory Gaultier (numéro 1 français, numéro 3 mondial, partenaire dans l'équipe de Squash Passion Aix)

« Cette victoire à Annecy est un grand pas pour Benjamin. Ça va lui donner confiance, d'autant plus qu'il était issu des qualifications. C'est un joueur qui a du talent, avec de nombreux coups dans la raquette et très vif dans ses déplacements. Il a un très bon potentiel, mais il doit rester rigoureux dans son travail au quotidien et en ce qui concerne tous les aspects de la performance. »

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Frédéric Lecomte (son ancien entraîneur au pôle espoirs d'Aix-en-Provence)

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« C'est bien, je dirais même étonnant étant donné qu'il est arrivé blessé à Annecy. Il a eu une quinzaine de jours sans squash, avec simplement de la musculation. Peut-être que ça lui a donné une envie supplémentaire. Quand je l'ai découvert ? Lorsqu'il avait 8 ou 9 ans, il disputait les tournois jeunes en PACA, comme Victor Crouin. Je me souviens de ce petit bonhomme qui piquait de grosses colères après chaque défaite ! Il a encore beaucoup de travail à faire, notamment pour se renforcer physiquement et éviter les blessures. Il veut aller vite, peut-être trop vite ce qui peut expliquer tous ces soucis physiques. Quant à savoir jusqu''où il peut aller, il ne doit pas se fixer de limites. Actuellement, il y a une belle émulation avec Victor mais aussi Sébastien Bonmalais. Ils doivent juste être convaincus qu'ils sont en mesure de battre des joueurs mieux classés qu'eux. »

Baptiste Masotti (numéro 7 français, partenaire d'entraînement à Aix-en-Provence)

« Félicitations à mon petit gars pour cette première victoire en PSA ! Même si tu as gagné cette finale contre moi, je suis sincèrement fier de toi. »

Yann Perrin (entraîneur adjoint au pôle France à Aix-en-Provence)

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« Benjamin est très doué techniquement. Il sent vraiment bien le jeu et possède des capacités physiques (explosivité, endurance) très intéressantes malgré son gabarit assez fin. Il a connu de nombreuses blessures dans le passé, et son début de saison a été également marqué par les pépins, donc il commence à prendre conscience que son corps est son outil de travail ! C'est quelqu un de très attachant, que j'apprécie beaucoup. On a joué ensemble en équipes pendant quelques années (au Squash du Pays d'Aix), et j'ai pi me rendre compte qu'il vivait vraiment pour le squash. Je lui souhaite de réussir, et je ferai tout ce que je peux pour contribuer à cette réussite. Encore bravo à lui pour ce premier titre, qui en augure beaucoup d'autres. » 

Victor Crouin et Sébastien Bonmalais (numéros 10 et 14 français, anciens coéquipiers en équipe de France junior et partenaires d'entraînement à Aix-en-Provence)

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« Tout simplement bravo ! En tant que partenaire d'entraînement, je suis très content pour lui, car c'est une vraiment une belle performance. » (Crouin)

« Ça me fait très plaisir pour lui qu'il ait gagné son premier titre en PSA, surtout que le lundi sa participation était encore très incertaine. Trop fort le Bébert ! » (Bonmalais)

Renan Lavigne (entraîneur national, s'occupe de Benjamin au pôle France)

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« Je suis très content pour Benjamin. C'est un garçon qui vit squash, mais surtout, qui respire le squash sur le court. Il est instinctif, il sent les choses. Depuis son intégration au Pôle France en septembre dernier, il a accumulé quelques pépins physiques. Mais il a redoublé d'efforts pour sa réathlétisation, pour son renforcement et sa formation musculaire. Et ce n'est que le début du travail avec l'aide du staff (Arnaud Hays, Philippe Molandi et Fabrice Vettoretti). Privé de mouvements sur le court pendant ces périodes d'arrêt, il a tout de même passé des heures et des heures à travailler en solo avec la balle. Sa marge de progression est énorme. Nous avons commencé un travail pour épurer sa technique, la faire évoluer, que ce soit sur le plan gestuel ou sur le plan du rythme de déplacement. Il reste évidemment beaucoup, beaucoup de chemin à parcourir, dans toutes les composantes de la performance, mais Benji a une énorme soif d'apprendre et d'y arriver. Dans notre entretien de début de saison, son objectif à long terme était on ne peut plus explicite : « champion du monde. » Á la rentrée 2017-2018, il va reprendre un cursus de formation. C'est primordial d'avoir ce double projet pour son propre équilibre, et je suis persuadé que ça contribuera à sa progression et à son épanouissement personnel. Pour revenir à sa victoire à Annecy, je ne suis pas surpris. Même si ses périodes d'entraînement ont été entrecoupées d'interruptions causées par de petites gênes, je savais qu'il avait le niveau pour aller chercher les joueurs dans ce tableau, car aucun ne se détachait vraiment. La veille de son départ en Savoie, il a ressenti une nouvelle gêne (au grand droit fémoral) et s'est demandé s'il devait participer ou non. Une fois la décision prise, il ne s'est plus posé de questions. »

Enzo Corigliano (ancien coéquipier en équipe de France junior)

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« Que dire sur ce bon vieux Bébert ? C'est incroyable comme ce premier titre en PSA est mérité. 'Benjam' a eu tellement de moments douloureux, des moments de doute, des moments où il était juste idiot (oui ça arrive), et ce titre est vraiment l'aboutissement de tous ces moments là. Il est celui qui a subi le plus de blessures, et c'est tout simplement normal qu'il réussisse ce genre d'exploit. Je suis évidemment ravi qu'il ait gagné ce tournoi, et je suis ravi de pouvoir partager ce genre de moments avec lui. Je sais que c'est un garçon qui ira loin, pas seulement parce que c'est mon meilleur ami, mais parce que je sais qu'il est prêt à tout pour atteindre ses rêves. Remporter un tournoi, ce n'est qu'une étape, il y en a des dizaines d'autres qui l'attendent. Á mes yeux, il est capable de faire partie des plus grands, j'espère juste que son corps lui permettra d'y parvenir. Je suis fier de ce qu'il a fait, mais t'es quand même une belle petite crotte mon Béberto (rires). P. S. : Merci de m'avoir laissé les titres de champion de France en jeunes. »

Cédric Hateau (son premier entraîneur à La Ciotat)

« Benjamin est un garçon qui est à la fois têtu et très à l'écoute, ce qui est un mélange intéressant. C'est son grand-père qui l'a amené au squash alors qu'il pratiquait le judo. Pour faire court, le gamin a immédiatement « kiffé » ce sport. Lors de son premier tournoi à La Ciotat, il est sorti du court après avoir perdu le premier jeu en jetant sa raquette de toutes ses forces aux pieds de sa grand-mère, disant qu'il ne voulais plus jamais jouer au squash parce que son adversaire était trop fort ! Après avoir suivi une séance de thérapie d'une minute trente, il est reparti sans grande conviction … mais a terminé le match. Lorsque Benjamin est venu au club pour ses premiers cours individuels (en plus de l'école de squash une fois par semaine), il m'avait posé une question qui m'avait scotché venant d'un gosse qui avait commencé quelques semaines auparavant : « Cédric, comment on fait des feintes ? » J'avais trouvé ça génial de la part d'un enfant de 6 ans et demi, c'était vraiment très intéressant. À partir de là, chaque détail technique était facile à présenter pour le motiver. Il a travaillé tous les fondamentaux techniques pour aller vers la fixation, « la feinte, » avec engouement, générosité et un plaisir immense pour le sens de ce jeu. Malheureusement, c'est un entretien permanent, un état d'esprit et cela se cultive. Mais il y revient en ce moment, parce que c'est son ADN et que le squash sans risque n'existe plus depuis longtemps. Il a retenu une leçon importante en arrivant au CREPS, et a su garder son identité de joueur. C'est tellement important, et aujourd'hui il est toujours aussi demandeur. Ce qui fait la différence entre Benjamin et d'autres, c'est qu'il écoute, voit, prend tout ce qu'on lui donne, en discute, puis fait le tri après avoir essayé. De plus, il a été contraint de travailler, mais avec un apprentissage particulier de la patience et de la frustration. La vie l'a mis face à un problème de santé dès son arrivée au CREPS, avec ce syndrome qui l'a éloigné des courts pendant quasiment un an. Il a dû prendre du recul pour remettre la machine en route et rattraper son retard avec conviction. C'est une manière intéressante de grandir, être frustré à ce point par la vie cela donne des ailes.

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Nôtre relation ? Aujourd'hui, elle est telle qu'il le décide. Je suis à sa disposition en permanence, comme je l'ai été avec chaque jeune que j'ai formé, et il le sait. Il vient régulièrement chercher des informations. On échange sur certains concepts, qui lui permettent de se remettre en question de manière globale dans sa vie d'homme et de sportif. Ces échanges sont bien sûr limités depuis qu'il est au CREPS, mais c'est le système qui est comme ça. Mais dès qu'il vient vers moi, pour continuer à développer ses outils, pour avoir des réponses à des questions ou parce qu'il n'a pas le moral, on passe du temps ensemble, par quelque moyen que ce soit. Plus que jamais, notre relation est basée sur la franchise. Le gamin coléreux a grandi et l'homme est sur le bon chemin. Mais c'est lui qui décide de ce qu'il fait après avoir entendu les conseils de chacun. Et pour le moment, ça se présente bien pour lui. La suite dépendra davantage de l'aspect matériel qu'humain. Car l'homme lui, semble prêt pour l'aventure qu'il compte bien poursuivre un moment. C'est vraiment un bon mec, qui sait d'où il vient et qui ne l'oubliera jamais. Ça c'est top. Bravo à lui pour son premier titre en PSA. La bise Benji. »

 

BENJAMIN AUBERT EN 15 DATES

13 novembre 1997 : Naissance à Amiens

2004 : Débute le squash à La Ciotat aux côtés de Cédric Hateau

Juin 2009 : Première victoire en tournoi européen en Italie (-13 ans)

Septembre 2011 : Intègre le pôle espoirs d'Aix où il est encadré par Frédéric Lecomte

Avril 2014 : Champion de France 2ème série à Vitrolles

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Mai 2014 : Première sélection en équipe de France (championnat d'Europe U17 par équipes en République Tchèque)

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Février 2015 : Vainqueur de l'Open de France junior à Lille (il avait déjà gagné le titre en U17 et le gagnera à nouveau en U19 en 2016), il devient numéro 1 européen junior quelques semaines plus tard

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Juin 2015 : Première victoire sur un tournoi national à Marseille

Juillet 2015 : Débuts en PSA à Château Arnoux, il atteint les quarts de finale

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Février 2016 : Première participation au championnat de France Élite

Mars 2016 : Vice-champion d’Europe junior par équipes en Suisse

Août 2016 : Quart de finaliste du championnat du monde junior en Pologne (seul européen à ce stade de la compétition, premier français à atteindre les quarts depuis Lucas Serme en 2009)

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Septembre 2016 : Entre dans le top 10 français et intègre le pôle France d'Aix-en-Provence (où il est entraîné par Renan Lavigne et Yann Perrin)

Octobre 2016 : Doit déclarer forfait pour son dernier championnat de France junior. Il n'aura jamais remporté de titre national individuel en jeunes, en partie à cause des blessures (il a tout de même été vice-champion à Maxeville en 2014 derrière Auguste Dussourd)

Mars 2017 : Premier titre en PSA à Annecy (premier français à réaliser cette performance à moins de 20 ans depuis Lucas Serme en 2010)

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Crédits photo : site officiel Benjamin Aubert, sitesquash, Draz Foto, WSF World Juniors, ML Photo

 

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