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ENTRETIEN AVEC UN CHAMPION DE FRANCE

Événements 14/02

On a beaucoup évoqué l'absence de Camille Serme, octuple championne de France en titre, le week-end dernier à Vendargues, avant que son frère Lucas ne prenne le relais.

À 24 ans, il  a remporté son premier titre national après une superbe finale contre Grégoire Marche. Nous l'avons joint au téléphone le lendemain, alors qu'il profitait d'une journée de repos bien méritée. Lucas Serme nous a parlé de son titre bien sûr, mais aussi des arbitres, de la réussite de sa sœur et de sa vie hors du squash. Entretien avec un jeune homme bien dans ses baskets.

 

LUCAS SERME : « CE TITRE VA ME REDONNER CONFIANCE »

Jérôme Elhaïk : Salut Lucas. Tout d'abord, as-tu fêté ce titre de champion de France ?

Lucas Serme : Pas du tout, pour la simple raison qu'on est arrivés à Paris à 23 heures hier (dimanche), et qu'en rentrant je suis allé directement au lit ! Aujourd'hui (lundi) je suis au repos, mais les compétitions vont s'enchaîner. Mercredi je serai aux Pays-Bas pour une rencontre par équipes, et samedi je m'envole pour les États-Unis. Donc je n'aurai pas l'occasion de fêter ça.

J.E. : Ne pas avoir le temps de savourer, n'est-ce pas un peu frustrant ?

L.S. : Non, pas vraiment. Le bonheur d'avoir gagné est de toute façon bien présent.

J.E. : Est-ce qu'il y a une image de la finale que tu gardes en tête ?

L.S. : Ce n'est pas très original, mais je dirais le dernier point. J'ai tenté un retour « nick » croisé, et quand j'ai vu la balle rouler au sol, je me suis dit, ça y est c'est gagné. Mais sinon, je n'ai pas encore eu le temps d'analyser, il faudra que je regarde la vidéo.

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Il peut exulter : Lucas Serme vient de remporter son premier titre de champion de France (Crédit photo : ML Photo) 

J.E. : Tu as pris tes responsabilités dans le cinquième jeu, en tentant pas mal de coups d'attaque, avec une certaine réussite. Faire ça dans les moments importants, est-ce la clé pour se rapprocher des meilleurs ?

L.S. : En effet, mais pas seulement dans les moments importants. Les tous meilleurs, comme Mohamed El Shorbagy ou Grégory Gaultier, dès qu'ils ont une opportunité d'attaquer et de faire mal à leur adversaire ils la saisissent. Dans le cinquième jeu, j'en ai eu quelques unes, en partie parce que la largeur de balle de Greg était moins bonne. Et comme j'étais lucide à ce moment-là, et relativement frais malgré la durée du match, j'ai su en profiter.

"Quand j'ai vu la balle rouler au sol, je me suis dit, c'est gagné ..."

J.E. : Vous vous étiez déjà affrontés de nombreuses fois, quelle était ta stratégie ?

L.S. : Contre Greg, ma tactique est simple : ralentir le jeu, notamment en utilisant les hauteurs de balle, et en jouant droit. Il aime jouer à un rythme effréné, et si on le laisse faire ça peut devenir difficile. Par contre si on le fait « attendre » et qu'on utilise des fixations, il est moins à l'aise. Dans le premier jeu, je n'y suis pas parvenu en partie parce que je ne trouvais pas de longueur, mes balles ne rebondissaient pas dans les bonnes zones. J'ai très bien joué dans les deuxième et troisième jeux, ensuite dans le quatrième c'est plutôt lui qui est bien revenu que moi qui ai eu une baisse de régime. Dans le cinquième, comme je te disais je me sentais bien physiquement, même si on avait largement dépassé l'heure de jeu.

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Il n'était pas favori contre Grégoire Marche mais Lucas a su saisir sa chance dans le cinquième jeu

J.E. : Au-delà de ta victoire, ça a été un match superbe pour le public. De par la qualité de jeu, mais aussi parce qu'il s'est disputé dans un excellent esprit avec très peu de décisions. D'ailleurs, c'est souvent voire toujours comme ça lors de tes matches.

L.S. : Si c'est le cas, tant mieux !

J.E. : Tu ne contestes jamais les décisions, penses-tu que ça puisse desservir un joueur de ne pas mettre la pression sur les arbitres ?

L.S. : Au contraire. Je pense que si on est courtois avec eux, ils seront plus sereins pour prendre les bonnes décisions. L'arbitre peut se tromper, c'est un être humain qui a des sentiments comme tout le monde, donc je ne vois pas pourquoi on lui manquerait de respect.

J.E. : Quand on pratique un sport comme dans le squash, qui n'est pas très médiatisé, penses-tu que les joueurs doivent être concentrés sur leurs performances mais aussi essayer de donner une bonne image de leur discipline ?

L.S. : C'est une très bonne question. Personnellement j'y pense, peut-être un peu trop d'ailleurs ! Par exemple s'il y a du monde dans les tribunes, ça peut m'arriver de vouloir attaquer pour faire plaisir au public, pas forcément à bon escient, et après je me dis « mais qu'est-ce que tu fais ? » (rires). Un joueur comme Nick Matthew, il s'en fout, mais attention ça n'est pas du tout une critique, il est là pour gagner. Je suppose que ça vient avec la maturité, et qu'on trouve un juste milieu avec l'expérience.

J.E : On a vu à Vendargues que tu étais coaché par Sohail Khan, c'est nouveau ?

L.S. : Philippe Signoret est – logiquement – très accaparé par les filles, et notamment ma sœur. Et pour moi c'est important d'avoir quelqu'un à mes côtés qui a le temps de s'investir.

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Lucas avec son entraîneur Sohail Khan. Comme un signe, on aperçoit juste derrière sa soeur Camille en train de fêter une victoire son coach ! 

J.E : Belle transition, on va parler un peu de Camille. Que t'inspire ta réussite actuelle ?

L.S. : C'est tout simplement génial ! On pensait qu'elle allait continuer sur sa lancée après sa victoire au British Open en 2015, finalement ça a pris un peu plus de temps que prévu.

"La réussite de ma sœur ? Tout simplement génial !"

J.E : Est-ce que tu discutes de tout ça avec elle, et si oui quelle est la clé de ses résultats selon elle ?

L.S. : Elle est un peu évasive à ce sujet (rires). Elle me dit qu'elle a continué à bosser, et que c'est la combinaison de plein de petites choses. Parfois c'est difficile de savoir pourquoi on a des résultats ou pas. Mais dans son cas il y a en effet plusieurs facteurs : physiquement elle est au top, et elle a des coups d'attaque incroyables. J'ai l'impression qu'elle a réalisé le mix parfait entre une Massaro et le jeu des Égyptiennes.

J.E : Il y a aussi l'aspect mental. Peut-être qu'auparavant elle ne croyait pas assez en ses chances contre les « top players, » alors que maintenant ce sont les autres qui ont peur d'elle.

L.S. : Tout à fait. En voyant ses matches au Tournament of Champions avec Anna (sa femme, également joueuse professionnelle, qui était présente à Vendargues), on se disait, c'est fou elle est vraiment au-dessus des autres.

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Les Serme accumulent les médailles depuis leur plus jeune âge. Ici, au dernier championnat d'Europe individuels aux côtés de Philippe Signoret (or pour Camille, bronze pour Lucas) (Crédit photo : Pôle France Créteil) 

J.E : Même si la concurrence est rude, elle est sans doute la meilleur joueuse du monde à l'heure actuelle.

L.S. : C'est vrai, et ça fait bizarre de dire ça ! Maintenant c'est une nouvelle étape pour elle, il faut essayer d'aller chercher la place de numéro 1 mondiale, et le titre de championne du monde.

J.E : J'imagine que vous avez maintenant davantage l'occasion de vous voir depuis que tu es revenu à Créteil il y a un an et demi.

L.S. : Oui évidemment, on s'entraîne souvent ensemble. Anna joue aussi avec Camille, et ces séances sont très bénéfiques pour elle.

J.E : Est-ce que tu as commencé à apprendre le Tchèque (la langue maternelle de sa femme), comme c'était prévu il y a quelques mois ?

L.S. : Oui, comme je t'avais dit je me suis inscrit à l'INALCO (Institut National des Langues et Civilisations Orientales), je viens d'ailleurs de passer mes premiers examens. C'est un peu comme une licence, sauf qu'il n'y a des cours que trois jours par semaine. Et ça m'évite de tourner en rond quand il n'y a pas d'entraînement ou de compétitions.

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Lucas aux côtés de sa femme Anna, elle même joueuse professionnelle (Crédit photo : squashPage.net) 

J.E : Est-ce que vous parlez Tchèque à la maison ?

L.S. : Non pas encore, je n'ai pas assez de vocabulaire, pour l'instant on se contente du Français et de l'Anglais. Mais Anna m'aide à faire mes devoirs, comme à l'école (il éclate de rire) !

"Il y a tellement de profils différents, ça rend le circuit très intéressant."

J.E : Tu es quelqu'un qui a besoin de faire autre chose que du squash, contrairement à un joueur comme Paul Coll, qui est investi à 1000 %.

L.S. : Oui tout à fait, mais chacun a sa personnalité, lui je suis sûr qu'il a besoin de ça. Il y a plein de profils différents parmi les joueurs, ce qui rend le circuit si intéressant à l'heure actuelle.

J.E. : Revenons sur le match d'hier, et sur le manque de confiance que tu avais évoqué récemment. Même s'il n'est « que » 27ème mondial, Greg Marche a prouvé qu'il avait le niveau top 20, et ça faisait quelque temps que tu n'avais pas battu un joueur de ce niveau.

L.S. : C'est clair que quand je l'avais battu il y a deux ans au championnat de France, il était moins fort, donc c'est un succès important pour la confiance. Ma dernière victoire de ce calibre, c'est sans doute contre Daryl Selby en Premier Squash League (championnat par équipes en Angleterre) en novembre.

J.E. : Justement, est-ce que les joueurs, et toi en particulier, vous faites une vraie distinction entre les matches du circuit professionnel et les autres, comme les rencontres par équipes ou le championnat de France ?

L.S. : Disons que les matches en PSA sont la priorité et que le programme d'entraînement est établi en fonction. Par exemple, même si j'ai une rencontre par équipes, ça ne va pas m'empêcher de faire une grosse séance la veille si elle est prévue. Mais sur le court, je fournis les mêmes efforts qu'elle que soit la compétition, et en ce sens battre un joueur comme Selby ça reste une victoire référence.

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Lucas avait subi la loi de Paul Coll, l'un des hommes en forme du circuit PSA, en décembre en Angleterre (Crédit photo : squashsite) 

J.E. : Avant le début de saison, tu avais dit vouloir te focaliser sur les gros tournois, avec le risque de ne pas jouer beaucoup de matches et de perdre un peu de confiance.

L.S. : Oui, et on peut dire que cette méthode ne marche pas trop (rires). Parfois je n'ai pas eu de chance au tirage au sort, par exemple à St George's Hill où je joue Paul Coll en qualifications, alors qu'il remporte le tournoi par la suite. Mais c'est aussi moi qui n'ai pas su saisir certaines opportunités. D'autre part, si je n'ai pas joué de tournois avec des dotations moindres, c'est aussi parce que je n'en ai pas eu l'occasion. Mais c'est sans doute une solution pour gagner des matches et monter au classement. D'ailleurs, je vais disputer un 25 000 $ fin mars à Montréal, qui est un tournoi où on est très bien reçu et où les joueurs bénéficient de conditions idéales.

"Je n'ai pas su saisir certaines opportunités récemment."

J.E. : Avant cela, tu vas avoir un programme chargé au cours des semaines à venir.

L.S. : Oui, comme je disais précédemment, mercredi je serai aux Pays-Bas. Je vais jouer contre Simon Rosner donc c'est un très bon match de préparation en vue des qualifications du Windy City Open (qui débutent le 21 février). Ensuite, je vais enchaîner avec le Canary Wharf, le British Open bien sûr, et Montréal.

J.E. : Dernière question, jusqu'à maintenant tu n'étais pas présent sur les réseaux sociaux car c'est quelque chose qui ne t'intéresse pas beaucoup, mais j'ai vu que tu t'étais récemment inscrit sur Twitter … Pourquoi as-tu changé d'avis ?

L.S. : On va dire que j'ai repoussé l'échéance au maximum (rires). Anna m'a fait comprendre que ça pouvait servir ma carrière, notamment par rapport à mes partenaires. Et en fait le déclic, ça a été l'histoire de Sumner Malik : c'est un jeune Anglais de 10 ans qui joue super bien au squash. Ses parents ont remarqué qu'il loupait des balles qu'il rattrapait facilement habituellement. Ils lui ont fait passer des tests qui ont révélé une tumeur très rare au cerveau. Donc lorsqu'il y a eu une collecte de dons pour financer son opération, je me suis dit que c'était l'occasion de créer un profil et de diffuser l'information (NDLR : Sumner a subi il y a quelques semaines sa première intervention chirurgicale dans le cadre d'un traitement expérimental, et il participera cette semaine au French Junior Open).

LS CA   PH

Crédits photo : ML Photo

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Lucas Serme – Bio

Né le 25/02/1992 à Créteil

Club : US Créteil

N°4 français – n°41 mondial

Palmarès

7 titres sur le circuit PSA dont l'Irish Open 2016 (15 000 $)

Irish Crédit photo : www.psaworldtour

Meilleure performance en World Series : deuxième tour au Hong-Kong Open 2015

HK Crédit photo : squashsite

Champion d’Europe par équipes 2015

Euro eq Crédit photo : squashpics

Médaillé de bronze du championnat d'Europe individuel 2016

Euro Indiv 1 Crédit photo : www.czechsquash.cz/eicc-2016

Champion d’Europe junior 2010

Demi-finaliste du British Junior Open 2010

Champion de France 2017

LS Crédit photo : Twitter Lucas Serme

Champion de France U13 2005, U15 2007, U17 2008 et 2009, U19 2010 et 2011

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