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IL NE MARCHE PAS, IL VOLE …

Équipe de france 16/09

Transcendé par le public de la Cité des Congrès, Grégoire Marche a remporté dimanche dernier à Nantes le plus gros tournoi de sa carrière. L'interview.

Après une prestation de haut vol le samedi contre Daryl Selby, celui que les commentateurs de SquashTV surnomment « The Acrobat » parachevait un weekend de rêve en venant à bout de Chris Simpson, après quatre jeux et plus d’une heure et quart de squash de très haut niveau. À peine le temps de savourer ce succès, il prenait dès le lendemain la route de Pontefract en Angleterre. Pour y disputer la Coupe d’Europe des Clubs Champions avec le club allemand des Worms, quadruples tenants du titre. Entretien avec un jeune homme bien dans ses baskets.

Jérôme Elhaïk : Bonjour Grégoire. Tout d’abord, faisons un petit retour sur ta victoire à Nantes. Est-ce que tu pensais être prêt aussi rapidement en ce début de saison ?

Grégoire Marche : Non quand même pas. Mais je montrais de bonnes choses à l'entraînement dernièrement, et j'étais convaincu d'avoir les capacités pour battre de tels joueurs. Ce succès valide en quelque sorte le travail effectué pendant l’été avec mon préparateur physique Thomas Adriaens.

J. E. : Justement, est-ce que tu as fait une préparation différente des saisons précédentes ?

G. M. : Le premier World Series était programmé très tôt cette saison (fin août à Hong Kong), du coup la préparation a été plus courte, six semaines au lieu de sept ou huit d’habitude. On a donc fait moins de foncier pur et davantage de spécifique squash. Mais honnêtement, je ne pense pas que ce soit l’explication à mes performances à Nantes.

J. E. : Est-ce que tu classes les matches contre Selby et Simpson parmi les meilleurs de ta carrière ? On se souvient qu’au Championnat d’Europe à Valenciennes en 2014, tu avais battu successivement Simon Rosner et Laurens Jan Anjema (membres du top 15 mondial à l’époque).

G. M. : Oui c’est vrai, mais je pense que je joue mieux aujourd’hui qu’il y a deux ans, mon squash est plus construit. Mon tournoi référence jusqu’à maintenant, c’était plutôt la Grasshopper Cup à Zürich en avril dernier, j’avais battu James Willstrop 3-0 au premier tour avant de m’incliner contre Simon Rosner après un excellent match (3-1 en 86 minutes).

J. E. : Chris Simpson et toi ne vous étiez pas souvent affrontés (1-1 dans leurs confrontations directes avant la finale). Je suppose que vous aviez mis en place un plan de jeu précis avec Thierry Lincou (son entraîneur depuis janvier).

G. M. : Oui évidemment. La clé du match c’était de contrôler la zone du T et de couper les trajectoires, car Chris est un joueur qui volleye beaucoup. À part dans le deuxième jeu, j’ai bien réussi à le faire, et à mettre du poids dans la balle. Ce qui m’a permis de le bloquer au fond du court. Je communiquais également entre les jeux avec Thierry, ça m’a aidé.

 

J. E. : Le squash est sans doute l’un des seuls sports où l’on peut bénéficier des conseils de son entraîneur à distance pendant un match ...

G. M. : Oui c’est possible. C’est sûr que ce n'est pas idéal parce que deux minutes (entre les jeux) ce n’est pas très long, mais c’est mieux que rien.

J. E. : On a pu voir que Chris était fatigué en fin de match, alors que le physique est l'une de ses qualités premières. J'imagine que ça doit être un motif de satisfaction.

G. M. : Oui, mais n’oublions pas qu'il avait terminé sa demi-finale très tard la veille, ce qui explique sans doute cela. La programmation m'a donc servi, mais ça aurait été dans l'autre sens si le tournoi avait eu lieu en Angleterre, ça fait partie du jeu. Et pour être honnête, je me suis endormi tard samedi soir, sans doute un peu de nervosité ce qui est logique avant une finale.

“C’est incroyable de jouer dans une telle ambiance, le public a joué un rôle important dans mes matches.”

J. E. : Dans tes interviews d’après-match, tu as beaucoup parlé des changements que tu essaies d’apporter à ton jeu, notamment d’utiliser ton physique plus seulement pour défendre mais aussi pour attaquer ?

G. M. : En effet, je travaille énormément là-dessus : prendre le contrôle du T, mettre plus de rythme. Pour gagner un tournoi, il faut gagner quatre matches, voire plus dans les World Series. Il est donc indispensable de savoir raccourcir les échanges si on veut aller au bout.

J. E. : Tu as également abordé ce sujet tout au long de la semaine, mais revenons sur l'ambiance incroyable qui a régné lors de cet Open de Nantes.

G. M. : C’est clair que pour un 25 000 $, c’est magnifique de jouer devant autant de monde ! C’est super de jouer dans une telle ambiance, qui plus est en France, et le public a joué un rôle important dans mes matches. Même au premier tour, c’était déjà bien rempli.

J. E. : On a pu lire pas mal de commentaires élogieux de la part des joueurs pendant le tournoi, certains posant même la question « À quand un World Series à Nantes ? »

G. M. : Pourquoi pas ? Sur pas mal de plans, ce tournoi n’a rien à envier à certains autres. Même s’il y a des choses qui ont déjà été faites en termes d’animation, les spectacles son et lumière étaient vraiment uniques. Un petit mot aussi sur Romain Suire (le speaker du tournoi), c’est très bien qu’il intervienne pour expliquer certaines règles au public qui ne connait pas forcément le squash. Ça permet aux gens de mieux comprendre notre sport, et de l'apprécier d’autant plus. J’espère que d'autres personnes en France vont s'inspirer de ce tournoi et que des projets de cette envergure, voire plus grande, vont voir le jour.

J. E. : Est-ce que tu as suivi les Championnats d'Europe Individuels, qui avaient lieu en même temps que l’Open de Nantes ?

G. M. : Oui bien sûr. Tout d’abord bravo à Lucas (Serme) pour sa médaille de bronze. Pour Mathieu (Castagnet), j’espère que sa blessure n’est pas trop grave. Enfin, c’est un peu étonnant que Greg (Gaultier) perde en finale contre Golan, mais c’est surtout parce qu’on est tellement habitués à le voir gagner tout le temps. Je n'oublie pas Camille (Serme), remporter un cinquième titre consécutif c'est tout sauf anodin. Personnellement, je ne regrette pas d'avoir choisi de venir à Nantes. Comme je le disais avant le tournoi, quelque chose doit changer concernant les Championnats d'Europe. Il n'y a pas de points pour le classement PSA ni de prize money, c'est donc logique que de nombreux joueurs délaissent cette compétition. 

J. E. : En ce qui concerne l’équipe de France, vu le niveau des joueurs français à l’heure actuelle, j’imagine que vous aurez de grosses ambitions lors des prochains Championnats du Monde par équipes (qui auront lieu à Marseille en 2017) ?

 G. M. : Oui bien sûr, on a vraiment un groupe de qualité avec Greg, Mathieu, moi et Lucas. C'est d'ailleurs dommage que l'épreuve ait été annulée l'année dernière car on aurait eu une belle carte à jouer. On peut effectivement viser très haut, d'autant plus si Greg se maintient dans les 2-3 meilleurs joueurs du monde d'ici là.

“J’espère profiter de la confiance emmagasinée à Nantes pour faire une belle tournée américaine.”

J. E. : Quel est ton programme pour les prochaines semaines ?

G. M. : Après la Coupe d’Europe des clubs, je m'envolerai pour les États-Unis. Dans un premier temps pour San Francisco pour le NetSuite Open (PSA 100 000 $), où je tenterai de franchir le cap des qualifications. Ensuite, je passerai quelques jours à Boston avec Thierry (Lincou entraîne les équipes de squash de la très célèbre université MIT). Puis il y aura le deuxième World Series de la saison, l’US Open à Philadelphie. J’espère profiter de la confiance emmagasinée à Nantes pour faire une belle tournée américaine. 

J. E. : Avec ce succès, peux-tu espérer rentrer dans le top 25 ?

G. M. : C’est possible, mais ça va dépendre aussi des résultats des autres, notamment en Égypte dans quelques jours (l'Al-Ahram Open, un tournoi 100 000 $ auquel participent de nombreux joueurs du top 25). Mais c'est sûr que les points acquis à Nantes peuvent m’aider à atteindre cet objectif.

J. E. : Tu as été un joueur précoce, remportant énormément de titres en jeunes - au niveau français et européen - et tu es rapidement monté au classement mondial (top 100 à 18 ans, top 50 à 21 ans). Mais depuis deux ans, tu butes sur cette barrière du top 25.

G. M. : Effectivement, mon classement oscille entre 26 et 30. Donc on peut dire que je stagne, mais le niveau est tellement dense aujourd’hui que quelque part se maintenir est une satisfaction.

 

J. E. : Comme tu l’as expliqué pendant l’Open de Nantes, tes parents vont t’accompagner lors de ta tournée américaine, ce qui sera une première pour eux.

G. M. : Tout à fait. Ils viennent de vendre le Squash Club de Valence, qu'ils tenaient depuis vingt-cinq ans. Donc maintenant ils vont avoir un peu de temps pour eux.

J. E. : C’est l’occasion de parler d’un gros changement pour toi, puisque cette saison tu ne joueras plus pour l’équipe de Valence, ton club de toujours.

G. M. : En effet, je rejoins le 5R Squash de Montpellier (en compagnie de Geoffrey Demont, numéro 5 français). C’est une toute nouvelle structure, avec onze courts de squash donc un vitré, qui va être inauguré à la fin du mois. C’est vraiment un très beau projet. Dans un premier temps, nous évoluerons en Nationale 3, mais nos objectifs s'inscrivent sur le long terme, avec l'ambition de jouer le titre en Nationale 1 dans les cinq ans.

J. E. : J’imagine que ça va te faire bizarre de ne plus jouer pour Valence.

G. M. : C’est sûr qu’après presque vingt-cinq ans passés dans ce club, ça va me faire quelque chose. C’est là que j’ai appris à jouer au squash et même à marcher ! Mais avec le départ de mes parents, cette décision a finalement été assez facile à prendre, ça s’est fait naturellement. Et l’équipe de Valence va continuer à fonctionner sans moi, notamment avec le capitaine Serge Parbaud et les joueurs suisses (dont son grand pote Nicolas Mueller, qu’il aurait dû affronter en quart de finale à Nantes avant son forfait de dernière minute).

“Je suis vraiment très content du travail effectué avec Thierry Lincou.”

J. E. : Revenons sur ta collaboration avec Thierry Lincou. Comment s’est-elle mise en place ?

G. M. : C’est moi qui ait fait la démarche de le contacter, j’avais besoin d’une autre vision en termes d’entraînement. Avec Thierry, on s’est toujours très bien entendus, on a des centres d’intérêt communs. Et je crois qu’il est non seulement très content d’aider un joueur français et d’apporter sa pierre à l'édifice, mais aussi d'avoir un pied dans le circuit pro (NDLR : Lincou conseille également la joueuse américaine Amanda Sobhy). En tous les cas, je suis vraiment très content du travail qu'on fait ensemble.

 

J. E. : Concrètement, comment ça se passe au quotidien ?

G. M. : On se parle au téléphone une fois par semaine, et évidemment plus souvent pendant les tournois. Je m’entraîne toujours au pôle France à Aix (où on a un très bon groupe) et je m’intègre aux séances. De toute façon, je me connais bien et je peux gérer mon programme.

J. E. : Est-ce que tu le vois occuper un poste dans le squash français dans le futur ?

G. M. : Pour l'instant, je crois qu’il est très bien à Boston. C’est un choix personnel, il profite de la renommée qu’il a acquise lors de sa carrière de joueur, et il a entièrement raison. Mais c’est sûr qu’on peut imaginer qu’il reviendra un jour en France.

J. E. : Je vais changer complètement de sujet. Est-ce que tu apprécies la vie de joueur de squash professionnel ? Certains athlètes de haut niveau évoquent parfois une certaine lassitude liée aux voyages.

G. M. : On ne peut pas se plaindre ! C’est sûr que si on met bout à bout toutes ces heures de vol, ça fait des journées de perdues, mais ce n’est pas grand-chose par rapport à la chance que j’ai d’avoir découvert autant de pays à mon âge.

“Par rapport à d’autres sports individuels, on a la chance d'avoir un circuit professionnel structuré.”

J. E. : Justement, est-ce qu'on a le temps de faire du tourisme lorsqu’on dispute un tournoi ?

G. M. : En général oui si on arrive quelques jours avant, sachant que les premiers jours on ne peut pas s'entraîner trop fort, notamment en raison du décalage horaire. Mais on est là avant tout pour faire notre métier et être le plus performant possible.

 

J. E. : On évoque souvent les conditions difficiles pour les joueurs de squash, et le fait que peu de joueurs arrivent à en vivre. Quel est ton avis à ce sujet ?

G. M. : Moi je pense qu’on a la chance d’avoir un circuit professionnel structuré, avec de nombreux tournois et des prize money en hausse par rapport il y a quelques années. On est mieux lotis que d’autres sports individuels, même si nos revenus sont très inférieurs à ceux des joueurs de tennis ou des golfeurs. Personnellement, je connais des sportifs qui étaient aux Jeux Olympiques et qui ne vivent pas de leur sport. Dans le squash, on va dire qu'on peut survivre si on fait partie du top 50, et qu'on commence à bien en vivre quand on atteint le top 25-30.

J. E. : Est-ce que tu gères ton budget toi-même ?

G. M. : Oui c’est moi qui m'en occupe. Mais bon pour l’instant, les sommes ne sont pas mirobolantes non plus (rires) !

J. E. : As-tu déjà envisagé ta reconversion ?

G. M. : Non pas encore. Je suis jeune, j'ai le temps. Je me concentre sur ma carrière, j’ai encore de belles années devant moi.

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