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GRAND FORMAT : CASTAGNET, SI PROCHE ...

Événements 13/09

Encore une soirée de folie hier au château des Ducs de Bretagne, mais cette fois le dénouement a été cruel pour le camp Tricolore.

Porté par un public Nantais incandescent, Mathieu Castagnet est passé à deux doigts de faire chuter Paul Coll, mais c'est le n°6 mondial qui affrontera Zahed Salem en demi-finale de l'open de France samedi. Retour sur un match exceptionnel en compagnie des principaux protagonistes.

Article de Jérôme Elhaïk

Non pas que les autres matches de la soirée de jeudi n'étaient pas intéressants, au contraire. Mais celui qu'on attendait avec impatience était le choc entre le n°6 mondial Paul Coll et Mathieu Castagnet, qui occupait cette place au printemps 2016 avant de connaître trois années de galère et de pépins physiques. Le Français avait déjà bien enflammé la salle lors de sa victoire mardi face au tenant du titre Declan James, et son compère Grégoire Marche avait soufflé sur les braises le lendemain en sortant la tête de série n°1, Simon Rösner. Le public Nantais était donc prêt à revivre une nuit de folie, et il n'a pas été déçu. On vous épargne le suspense, c'est Superman qui a vaincu le French Warrior après 63 minutes de match, 11-9 dans le troisième jeu alors qu'il était mené 9-5. Retour en grand format sur ce combat XXL.

LE FILM D'UN MATCH DE FOLIE

L'une des marques de fabrique de l'open international de Nantes – rebaptisé open de France cette année - est d'attirer des profanes de la discipline. Ceux d'entre eux qui ne connaissaient pas Paul Coll ni Mathieu Castagnet ont rapidement compris ce qui les attendait hier soir. Dès le quatrième point, les deux joueurs s'infligent un échange de 112 frappes de balle, qui s'achève par un stroke contre le Français, plus de 2 minutes 30 après l'engagement du Kiwi ! « En début de match, les deux joueurs sont frais et ce genre de rallye permet de se jauger, » nous confiera Castagnet quelques minutes après le match. Dans le premier jeu, il avait tout d'abord enflammé la salle d'une superbe attaque de revers nick pour revenir à 5-5, avant de se procurer deux balles de jeu (10-9, 11-10). Ce sera ensuite au tour de Coll (12-11, 13-12), mais deux strokes et une faute directe permettent au Français de virer en tête (15-13) après 27 minutes … « Dans le deuxième jeu, j'ai eu un coup de mou mais c'était plus mental que physique, » dira-t-il. Conscient des efforts fournis par son adversaire, Paul Coll appuie sur l'accélérateur et Castagnet lâche prise rapidement dans l'échange (8-0). Son sursaut d'orgueil ne suffira pas, et les compteurs sont remis à zéro (11-3).

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Les deux joueurs sont passés par tous les états, mais c'est Paul Coll (en vert) qui s'est imposé d'extrême justesse face à Mathieu Castagnet (Crédits photo : Mikphotos, Lauranne Rochais et Philippe Rochais)

Le Français a néanmoins retrouvé toute son énergie à l'entame de la troisième manche, et les rallies s'allongent à nouveau. C'est lui qui est le plus précis et creuse le premier écart. À 7-4 contre lui, Coll justifie son surnom de Superman en ramenant des balles impossibles, au prix de deux plongeons et demi. L'arbitre John Massarella interrompt l'échange (pour éviter que les joueurs ne glissent sur les traces de sueur), au grand dam du camp français. Quelques secondes plus tard, quelques imprécisions du Néo-Zélandais sont punies par des strokes (une dizaine au total dans le match) et Castagnet se rapproche à deux points de la ligne d'arrivée (9-5). Mais alors que les décisions d'arbitrage se multiplient, sa défense de plus en plus incroyable et trois coups gagnants à l'avant du court permettent à Coll de grignoter son retard. On atteint l'heure de jeu, et un money time irrespirable (9-9). C'est côté revers que Coll ira chercher son salut, avec une belle amortie puis une longueur parfaite (« ses deux meilleurs coups du match, » pour le commentateur de SquashTV Joey Barrington). Le numéro 6 mondial peut hurler de joie – et de soulagement. C'est lui qui sera au rendez-vous des demi-finales demain face à Zahed Salem, à une heure probablement très tardive. Quant à Mathieu Castagnet, il a certes quitté le court déçu et frustré d'avoir vu s'échapper une victoire référence. Mais si son corps le laisse (enfin) tranquille, comme cela semble être le cas depuis quelques semaines, il faudra compter avec le Français lors de la saison 2019-2020. 

RÉACTIONS

Renan Lavigne (entraîneur national) : « C'est difficile d'analyser à chaud, il faudra revoir le match à la vidéo pour tirer davantage d'enseignements. C'était un combat entre un joueur du top 10, et un autre qui l'était avant de connaître des soucis physiques. Ils ont tous les deux eu des hauts et des bas. La baisse de régime de Mat dans le deuxième jeu était davantage mentale que physique : il est bien reparti dans la manche suivante et a fait douter Paul Coll au point de lui faire perdre sa sérénité. Néanmoins, le Néo-Zélandais a su faire preuve de beaucoup de ténacité en fin de match. C'est certain qu'une victoire aurait été très importante - aussi bien en termes de confiance que de points pour le classement mondial - et que ça aurait été superbe d'avoir trois Français en demi-finale demain (NDLR : Camille Serme et Grégoire Marche s'étaient qualifiés mercredi). Mais quand on produit un tel match contre le 6ème joueur mondial, il y a forcément plein de choses positives à retirer, surtout quand on repense au niveau de Mathieu il y a une dizaine de jours à l'entraînement. L'une d'entre elles, c'est que le travail effectué pendant la préparation porte ses fruits. »

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Malgré la défaite, Renan Lavigne (à gauche) préférait retenir la prestation de très haute volée de Mathieu Castagnet (Crédit photo : Philippe Rochais) 

Paul Coll (au micro de Romain Suire) : « Je suis soulagé de m'en sortir. Je trouve que le premier jeu était de qualité, j'ai eu des occasions de conclure. Ça aurait été mieux de mener au score, mais j'ai bien joué dans le deuxième. Mathieu est un combattant extraordinaire, vous pensez que vous avez pris le dessus mais il est toujours présent. On a l'impression qu'il va lâcher, mais en réalité c'est tout le contraire. C'est vraiment compliqué de jouer contre lui, mais j'ai adoré ce combat. C'était incroyable à quel point le public faisait du bruit. D'un côté c'était difficile à gérer pour moi, mais de l'autre c'était absolument génial. À la fin, je me suis dit que je devais me battre et prendre le contrôle des échanges. Je n'avais plus le choix si je voulais m'en sortir. Je vais faire ma récup ce soir, puis essayer de dormir aussi longtemps que possible. La journée va être longue, on revient au format en 3 jeux gagnants demain et il est fort probable que le match commence encore plus tard que ce soir. »

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Paul Coll peut être soulagé : la tête de série n°2 s'est sorti du piège tendu par Mathieu Castagnet (Crédit photo : Mikphotos.fr)

L'ENTRETIEN : MATHIEU CASTAGNET 

Le temps de redescendre en température et de débriefer le match à chaud avec le staff de l'équipe de France et ses proches, et on a retrouvé Mathieu Castagnet quelques minutes après son combat homérique contre Paul Coll. Même s'il était déçu d'avoir vu la victoire de si près avant de lui échapper, le numéro 2 français préfère positiver et est déjà projeté sur la suite de la saison. Entretien-vérité. 

Jérôme Elhaïk : Mathieu, quel sentiment prédomine quelques minutes après ce match ?

Mathieu Castagnet : Quand on mène 9-5 dans le dernier jeu et qu'on finit par perdre, on est évidemment déçu. J'avais le contrôle du match à ce moment-là, j'ai le sentiment que j'aurais vraiment pu gagner. Je dois dire qu'à chaud je suis un peu amer concernant certaines décisions. L'arbitre avait bien tenu le match, mais je trouve qu'à la fin ça a été plutôt contre moi. Je pense notamment à l'interruption de l'échange après les plongeons de Coll (les règles ne sont pas toujours très claires à ce sujet), au fait qu'il n'ait pas été averti – même verbalement – pour un contact excessif de sa part (il s'en est d'ailleurs excusé), et à un ou deux lets qui peuvent se transformer en strokes. Mais bien sur, ça ne se joue pas que là-dessus. Il faut reconnaître que mon adversaire a été solide en fin de match. Dans ce genre de scénarios où vous vous faites remonter au score, ça devient de plus en plus stressant, et je ne suis pas sûr que si j'avais eu une balle de match je serais parvenu à conclure.

"Si je suis prêt physiquement, je sais que peux rivaliser avec ce genre de joueurs"

J.E. : Comme le disait Renan Lavigne il y a quelques instants, malgré la déception il y a des enseignements positifs à tirer de ce match.

M.C. : C'est sûr que je reviens de très loin (NDLR : Mathieu a connu des blessures récurrentes, notamment aux mollets, depuis trois ans), et être capable de produire un tel match est une satisfaction. Je n'ai ressenti aucune douleur cette semaine, et la préparation porte ses fruits. J'ai pu enchaîner neuf semaines de travail sans interruption et me construire une base physique, ce qui ne m'était pas arrivé récemment. Il n'y a pas si longtemps, je n'aurais jamais tenu un tel rythme, et ma baisse de régime dans le deuxième jeu était davantage mentale que physique. C'est de bon augure pour la suite de la saison.

Open de France 2019 Article J4 Photo 4Grâce à une bonne préparation estivale, Mathieu Castagnet (en noir) a de nouveau confiance en son physique (Crédit photo : Lauranne Rochais)

J.E. : Quelle était la stratégie mise au point avant le match ? On a vu qu'il y avait eu de très gros rallies à l'entame, notamment le quatrième point du premier jeu (voir plus haut).

M.C. : C'est souvent le cas en début de match, les capacités physiques des joueurs sont intactes et on cherche à se tester. Le plan de jeu était de coller au maximum les balles près des murs latéraux, et de saisir les opportunités qui se présenteraient en étant incisif. Si je suis prêt physiquement, je sais que je peux rivaliser avec ce genre de joueur, et je n'ai pas peur de lui. Ça a tourné à son avantage, tant mieux pour lui mais il y aura d'autres batailles.

"Pour moi, Nantes est dans le top 3 des meilleurs tournois du circuit"

J.E. : Quel va être ton programme dans les prochains jours ?

M.C. : Même si je me sens bien physiquement, je sais que l'enchaînement des matches ici va laisser des traces. Je vais devoir calmer le jeu (sic) à l'entraînement et reprendre mes routines en matière de soins etc. Ensuite je m'envolerai pour les États-Unis où je vais disputer deux tournois, San Francisco (NDLR : hasard du tirage au sort, il retrouvera au premier tour l'Indien Ramit Tandon, comme à Nantes, avant un possible choc face à Mohamed El Shorbagy. Ces matches auront également lieu en deux jeux gagnants) puis l'US Open.

Open de France 2019 Article J4 Photo 5Mathieu Castagnet a passé une superbe semaine à Nantes, mais son regard est déjà tourné vers la suite de la saison (Crédit photo : Philippe Rochais)

J.E. : Un mot sur ta semaine à Nantes, un endroit qui ne t'avait pas réussi jusqu'à présent (abandon en quart de finale en 2017 puis forfait en 2018) ?

M.C. : C'était tout simplement extraordinaire. Pas seulement l'ambiance (qui était fabuleuse ce soir, avec des tribunes remplies malgré l'heure tardive), mais l'évènement dans son ensemble : les organisateurs et les bénévoles font un travail magnifique. Il n'y a pas que le côté sportif, mais aussi les shows et le travail de Romain Suire dans son rôle de speaker, par exemple. Les joueurs se sentent vraiment valorisés. Je n'ai pas peur de le dire, Nantes est pour moi dans le top 3 des meilleurs tournois sur le circuit, avec le Tournament of Champions dans la Grand Central Station de New York et le Canary Wharf Classic. À Londres, on se sent véritablement porté par l'énergie du public. Comme ici, sauf qu'en plus je joue dans mon pays et que les vibrations que je ressens sont encore plus fortes ... 

Open de France – Nantes 2019 Presented by Tailor Capital

Demi-finales, vendredi soir

19h30[1] Camille Serme (FRA, n°3 mondiale) - [5] Hania El Hammamy (EGY, n°15)

20h30 : [3] Joel Makin (WAL, n°12) - [6] Gregoire Marche (FRA, n°16)

22h15[2] Sarah-Jane Perry (ENG, n°7) - [3] Amanda Sobhy (USA, n°8)

Vers 23h : [2] Paul Coll (NZL, n°6) - [4] Zahed Salem (EGY, n°14)

Les matches sont diffusés sur Squash TV / Eurosport Player

Plus d'infos sur l'open de France – Nantes 2019 Presented by Tailor Capital sur le site officiel  

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