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LE SQUASH AUTREMENT (N°4) : L'ARBITRAGE FRANÇAIS, UNE VALEUR EN HAUSSE

Événements 25/06

Retrouvez un nouvel épisode de notre rendez-vous mensuel, « LE SQUASH AUTREMENT. »

Dans cette rubrique, nous sortons des sentiers battus et vous présentons un projet, un club, des acteurs etc. qui font parler de notre discipline autrement que par la performance sportive. C'était l'occasion de mettre un coup de projecteur sur les arbitres français. Sous l'impulsion de la Commission nationale et son président Christophe Gimenes, ils forment un véritable collectif, investi dans une démarche de structuration et de progression. Focus sur ces hommes en gris ...

Article de Jérôme Elhaïk 

UN TRAVAIL RECONNU

Dans certaines disciplines, on les surnomme les hommes en noir, mais au squash ils portent un polo le plus souvent gris. Nous parlons bien sûr des arbitres, qui étaient présents en nombre à Bordeaux il y a une dizaine de jours, lors des playoffs des championnats de France Interclubs. Réitérant une initiative déjà prise il y a quelques années, la Commission nationale d'arbitrage avait convié Marko Podgoršek. À 45 ans, ce dernier fait partie de la nouvelle génération, et officie régulièrement sur les plus gros évènements (par exemple les tournois Platinum du circuit PSA). « Marko a réalisé de nombreuses évaluations de nos arbitres, » indique Christophe Gimenes, président de la CNA en poste depuis deux ans et demi. « Je n'ai pas encore un retour formel, mais pour en avoir discuté avec lui, il a été agréablement surpris du niveau général. » La venue du Slovène rentre dans le cadre de la démarche de structuration et de formation entamée depuis quelques années. Autre fait marquant pour les sept arbitres fédéraux présents en Gironde : ils ont reçu une distinction de la part du président de l'AFCAM (Association française du corps arbitral multisports) de Nouvelle-Aquitaine, Noël Bonnieu. Cette initiative, mise en place par la Ligue et son emblématique président Pierre Bernard, est une belle récompense du travail quotidien de la CNA et de ses membres, qui se déplacent sur de nombreuses compétitions tout au long de la saison.

"Marko Podgoršek a été agréablement surpris du niveau des arbitres français."

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Les six arbitres fédéraux aux playoffs à Bordeaux ont été récompensés par l'AFCAM (Crédit photo : Christophe Gimenes) 

LES MARCHES À GRAVIR

Vous êtes sans doute nombreux à vous poser la question : quelle est la marche à suivre pour devenir arbitre fédéral ? « La première chose à faire est de lire les règles, » sourit Christophe Gimenes. « Or, je dirais que seul 1 joueur sur 10 fait cette démarche. C'est pour cette raison que nous mettons des moyens dans la communication et la vulgarisation de l'arbitrage, avec le module d'initiation gratuit. » Pour ceux qui souhaitent aller plus loin, il faut passer les diplômes : A1 (1er degré), puis A2. « Je conseille à ceux qui obtiennent le 2ème degré de passer un certain temps à arbitrer des matches de niveau 1ère/2ème série avant d'envisager de passer à l'échelon suivant, » ajoute celui qui a découvert le squash à 25 ans, après avoir joué au football à un bon niveau. Cet échelon, c'est celui d'arbitre fédéral, qui donne l'accès aux compétitions internationales. « Mais contrairement à ce que pensent certains, on n'arrive pas là par hasard. Il y a un module de formation à renouveler tous les ans, avec des tests théoriques et pratiques. Les arbitres sont évalués, et on envoie les meilleurs sur les compétitions. »

"Contrairement à ce que certains pensent, les arbitres fédéraux sont évalués et notés."

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La contestation de la part des joueurs pendant le match n'empêche pas le respect du corps arbitral (Crédits photo : Nicolas Barbeau) 

Plus d'infos sur

http://www.ffsquash.com/fr/formations/les-diplomes-d-arbitre.html

UN COLLECTIF STRUCTURÉ ET SOLIDAIRE

Il y a quelques jours, Nicolas Barbeau se disait « très fier de faire partie de ce collectif d’arbitres où règne une belle solidarité. » Ce groupe est né en en 2012, au championnat du monde par équipe féminin à Nîmes. « Pour moi, comme pour la plupart des autres arbitres français présents, ce fût mes premiers pas dans une compétition de cette envergure, » confie Christophe Gimenes. « On a été lancés dans le grand bain sans y être préparés, et avec le recul je dois dire que ça a été un peu violent (rires) ... » Depuis, lui comme les autres ont acquis de l'expérience. « On commence à être reconnus à l'international, et nous nous déplaçons sur tous les évènements. Mais la plupart sont relativement jeunes dans ce milieu, or monter les échelons prend du temps et il faut donc être patient. » Aujourd'hui, les arbitres fédéraux sont au nombre de 12, et quatre d'entre eux étaient présents au dernier championnat d'Europe par équipe, à Birmingham. « Je note également que les organisateurs de tournois internationaux en France font quasi systématiquement appel à nous. C'est également le cas pour certains nationaux, notamment dans la Ligue des Hauts-de-France, et j'espère que d'autres vont suivre leur exemple. Aux play-offs, il n'y a eu aucun incident, sauf peut-être sur certains matches où il n'y avait pas d'arbitre officiel … Mon impression est que les joueurs commencent à nous connaître, et nous font davantage confiance. Ils constatent qu'on a emprunté une véritable démarche de progression. »

"J'ai l'impression que les joueurs nous font davantage confiance."

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Parmi les nombreux arbitres présents au dernier championnat par équipe, il y avait quatre français (Crédit photo : #ETC2019)

 

PRÉSENT ET AVENIR

Lorsqu'il a pris son poste en décembre 2016, Christophe Gimenes s'était fixé « trois objectifs. Tout d'abord, la réécriture de certains documents, comme la charte de l'arbitrage, les fiches d'évaluation etc. Depuis quelques mois, on publie également Le Bulletin de l'Officiel, qui permet de faire un éclairage sur les tâches d'arbitre et de juge-arbitre. Le deuxième, dont nous avons déjà parlé, c'est la démarche de progression, notamment grâce à la formation. Enfin, nous avons actuellement un arbitre ESF (NDLR : Marc Palmieri, prédécesseur de Gimenes à la tête de la CNA), et j'aimerais qu'on en ait un autre avant la fin de mon mandat. Je pense que c'est en bonne voie ... » Mais l'Annécien ne veut pas d'arrêter là, et a d'autres projets en tête. « Nous allons mettre en place une collaboration avec la Ligue Francophone de Squash en Belgique, et peut-être une autre avec la Suisse Romande. D'autre part, les promoteurs du Necker Pro Squash Open (NDLR : tournoi exhibition de très haut niveau, qui aura lieu à l'Île Maurice du 15 au 26 juillet) m'ont demandé de faire le déplacement pour former les arbitres locaux. Les autres pays savent qu'on est structurés, et tout cela constitue une marque de confiance et de reconnaissance. »

"Les autres pays savent qu'on est structurés."

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Christophe Gimenes s'est fixé plusieurs objectifs pour son mandat de président de la CNA (Crédit photo : Nicolas Barbeau)

 

DE L'AUTRE CÔTÉ DU MIROIR …

Les deux camps sont dans le même bateau, mais la relation entre les arbitres et les athlètes - quelle que soit la discipline - est des plus complexes. Nous avons demandé son avis à Énora Villard – membre de l'équipe de France féminine sacrée championne d'Europe début mai, et représentante des sportifs de haut niveau au sein du comité directeur de la Fédération Française de Squash – de nous donner son avis sur l'arbitrage en général, et les arbitres français en particulier. 

Sur l'évolution de l'arbitrage en France

« On constate que de gros efforts sont effectués, notamment en envoyant des arbitres officiels sur des compétitions où ce n'était pas le cas auparavant. Il me semble qu'il y a une cohérence au sein du groupe, une véritable démarche en matière de formation et une volonté de progresser : c'est très important, car tout part de là. Néanmoins, les joueurs estiment que des améliorations sont encore nécessaires. Pas uniquement sur la qualité des décisions, mais sur le comportement d'ensemble à adopter pour se faire respecter et être crédible. Mais c'est plutôt le système qui est en cause, car c'est compliqué pour les arbitres qui ne sont pas en permanence sur le circuit international, et n'ont pas l'occasion de voir comment les choses évoluent. Je tiens cependant à préciser une chose : comme beaucoup de joueurs, je suis amenée à jouer dans pas mal de pays et je peux dire qu'en France on est loin d'être les plus mal lotis en matière d'arbitrage ... » 

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Énora Villard, ici en compagnie de sa coéquipière à Créteil Noellie Boden lors des play-offs (Crédit photo : Nicolas Barbeau)

Interdire les discussions entre joueurs et arbitres, la solution ?

« Je sais que ce débat a notamment été posé dans le cadre de la candidature olympique : les règles sont déjà compliquées, et par conséquent de longues interruptions et des prises de bec entre joueurs et arbitres ne sont pas une bonne chose pour le squash. C'est vrai que les échanges peuvent faire partie du show, mais il ne pas oublier une chose : un arbitre ne reviendra jamais sur sa décision, et ça ne sert à rien d'épiloguer. De plus, les gros tournois bénéficient de la 'video review', qui permet de couper court aux discussions. Quand on regarde le ralenti, on voit que la décision est la bonne dans la très grande majorité des cas. Néanmoins, ce système n'est pas en vigueur dans tous les tournois, et je pense que c'est important de communiquer, pour deux raisons : tout d'abord parce que le joueur doit pouvoir exprimer son opinion – de manière brève et sans que ce soit trop récurrent - et l'arbitre être en mesure d'expliquer sa décision. Il arrive que celle-ci ne soit pas scandaleuse (sic), mais après avoir entendu l'argumentation le joueur a l'impression que ce n'est pas très clair dans l'esprit de l'arbitre ... En conclusion, selon moi c'est important de conserver la communication entre joueurs et arbitres, mais dans une certaine limite évidemment. » 

Le fait d'être parfois amené à arbitrer permet-il aux joueurs de se rendre compte de l'ampleur de cette tâche ?

« Ça nous arrive en effet, mais de moins en moins car dans tous les pays on va vers une officialisation de l'arbitrage. Il y a des matches délicats, et on s'en rend compte même sans les arbitrer : quand on regarde un match entre joueurs, on commente toujours les décisions et on essaie d'imaginer lesquelles on aurait prises. On est conscients que c'est une tâche difficile, et c'est pour ça qu'en ce qui me concerne, je reste toujours mesurée quand j'exprime mon désaccord. Il faut dire aussi qu'on est bien contentes d'avoir des officiels sur la plupart des tournois, car on ne serait pas forcément volontaires pour arbitrer (rires) … Néanmoins, c'est aussi notre devoir en tant que joueurs d'être exigeants si on souhaite que les arbitres progressent. Comme je le disais précédemment, on a tendance à être un peu critiques par rapport à la cohérence des explications. On sait que les règles changent souvent. Mais les arbitres de haut niveau, qui sont souvent sur des tournois PSA, en sont forcément informés et doivent être en mesure de donner les bonnes décisions avec les bons arguments. Or, l'une des choses que l'on remarque le plus, ce sont les divergences entre le circuit international et les compétitions en France. Parfois, la décision est bonne par rapport à l'explication fournie mais celle-ci repose sur des orientations qui ne sont plus en vigueur. Par exemple, dégager l'accès est maintenant la chose essentielle, indépendamment de la qualité de la balle. » 

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Deux joueuses qui ne semblent pas d'accord avec la même décision - ici, Elvira Bedjai et Énora Villard : une scène très fréquente dans le squash, qui démontre toute la difficulté de la tâche de l'arbitre (Crédit photo : Nicolas Barbeau)

Les arbitres doivent-ils être professionnels ? 

« Comme évoqué précédemment, le jeu et les règles internationales évoluent. Les joueurs savent s'y adapter et ça fait partie du jeu : on sait ce qu'il faut faire pour obtenir des strokes, et ne pas faire pour ne pas être sanctionné. En plus de nos propres matches, on en regarde beaucoup d'autres, que ce soit sur place ou sur SquashTV. On a la chance d'avoir la 'vidéo review', et même l'avis des commentateurs, et tout ça nous fait beaucoup progresser. J'imagine que les arbitres français font la même chose, mais la plupart n'ont pas la chance d'être sur les tournois et d'être dans le vif du sujet. Même s'il n'y a sans doute pas suffisamment de compétitions pour qu'ils puissent être professionnels, avoir de plus gros moyens leur permettrait d'atteindre le niveau des meilleurs. Aussi bien en matière de formation, que de déplacements sur les tournois. »

 Rendez-vous le mois prochain pour un nouvel épisode de "Le squash autrement" 

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