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MÉLISSA ALVES : « C'EST LA VICTOIRE DE TOUTE UNE ÉQUIPE »

Équipe de france 08/05

Il y avait eu le 2 mai 2015 pour les garçons, il y aura maintenant le 4 mai 2019 pour les filles.

En remportant le match décisif face à Victoria Lust (13ème mondiale, soit 33 places devant elle au classement) en finale du championnat d'Europe à Birmingham, Mélissa Alves a permis à l'équipe de France féminine de remporter son premier titre international. Même si son rôle a été – logiquement – mis en avant, la Guyanaise insiste sur la valeur collective de cette victoire, obtenue face à des Anglaises qui n'avaient été battues qu'une fois en 41 éditions. Entretien avec une jeune femme pressée ...

Jérôme Elhaïk : Salut Mélissa, avant de rentrer dans les détails de cette victoire, je vais te poser une première question : à quoi as-tu pensé lorsque tu t'es procurée tes balles de match ? 

Mélissa Alves: Je me suis dit que j'avais déjà fait pas mal de coups gagnants depuis le début, et qu'il ne restait plus qu'à en rentrer un … À ce moment-là, ce n'est plus moi toute seule qui tient la raquette, mais toute une équipe : Camille, Coline, Énora mais aussi Philipe. 

J.E. : Quelques secondes plus tard, il y a ce no let, qui scelle le sort de la rencontre. 

M.A. : Il y a eu un petit moment de flottement, mais dès le début j'ai vu que l'arbitre avait pris sa décision. Ensuite, j'ai vu tout le monde qui criait et explosait de joie, c'était la folie. Concernant ma réaction, je ne fais pas semblant. Je suis vraiment sous le choc et en regardant les filles c'est comme si je leur disais « C'est pas possible, on l'a vraiment fait, on a vraiment battu l'Angleterre ? »

Interview Mélissa Alves Photo 1

« C'est pas vrai les filles, on a vraiment battu l'Angleterre ? » semble dire Mélissa Alves à ses coéquipières juste après la balle de match (Crédit photo : #ETC2019)

J.E. : Est-ce le moment le plus fort de ta carrière ? 

M.A. : Quelle question, évidemment ! Je suis à prête à perdre plein de matches si j'ai la garantie de revivre un tel moment. 

J.E. : C'est d'autant plus incroyable que la veille en demi-finale, tu t'étais retrouvée dans la position inverse en perdant contre une joueuse moins bien classée (la jeune Georgia Adderley, 107ème mondiale). 

M.A. :C'est clair, on peut dire que j'avais mis mon équipe sur de bons rails (rires) … Même si elle a fait un bon match, ce n'est pas normal que je perde car j'ai beaucoup plus d'expérience. Heureusement, Camille et Coline ont gagné de manière assez expéditive ensuite, et je n'ai pas eu trop le temps de gamberger.

« C'est sans l'ombre d'un doute le moment le plus fort de ma carrière. »

J.E. : Je suppose que vous avez fait un debriefing le vendredi soir. 

M.A. : Tout à fait, et l'une des choses qui est ressortie est que le banc Écossais avait été plus bruyant que le notre. Coline a pris la parole pour dire qu'on avait été ridicules (sic) en matière d'encouragements pendant mon match, et que le lendemain on devait faire davantage bloc contre les Anglaises. Ça m'a fait du bien de me sentir soutenue malgré ma défaite. J'ai également eu une discussion en tête à tête avec Philippe, il m'a répété qu'il croyait totalement en moi et qu'il était convaincu que j'avais les capacités pour battre Victoria Lust.

Interview Mélissa Alves Photo 2

Après la défaite de Mélissa en demi-finale contre l'Écosse, Philippe Signoret a su trouver les mots pour lui redonner confiance (Crédit photo : Pôle France Créteil)

J.E. : Je fais une parenthèse sur la période un peu compliquée que tu as connue entre ton exploit au championnat du monde (elle avait atteint les 1/8è de finale en battant la n°12 mondiale, Salma Hany) et ce match. Est-ce qu'elle était prévisible ? 

M.A. : Tout le monde l'avait vu venir, sauf moi apparemment (rires). Déjà, il faut relativiser, mes résultats n'ont pas été aussi mauvais que ça. Mais c'est vrai que j'aime que tout aille très vite. Quand on bosse quelque chose à l'entraînement, je veux que ça se traduise immédiatement en compétition. On me dit qu'il faut prendre son temps, mais je n'ai pas cette mentalité. Ça peut m'arriver de tout remettre en question après une défaite. 

J.E. : Est-ce un trait de caractère que tu as acquis lors de tes quatre années passées aux États-Unis ? 

M.A. : J'ai toujours été comme ça je crois. Quand j'étais jeune, je me reposais sur mon talent, et je n'étais pas une grande travailleuse. J'ai un peu changé de ce côté là, mais je reste quelqu'un d'impatient. Je vais te donner un exemple : quand j'ai envie de m'acheter un truc, il faut que ce soit tout de suite, sinon une semaine après j'ai déjà oublié. 

« Je suis très impatiente, j'aime que tout aille très vite. »

J.E. : Ça explique ton début de match supersonique samedi, tu étais pressée en fait ! 

M.A. : Ça doit être ça … Disons que jouer vite c'était ma stratégie. Même si ça m'est déjà arrivé de gagner des matches longs, ça reste quand même assez rare pour moi. 

J.E. : Est-ce que tu avais déjà aussi bien joué de ta vie que dans ces deux premiers jeux ? 

M.A. : Honnêtement non, c'est encore au-dessus de mon match contre Salma Hany à Chicago. Je crois que j'ai rentré 9 coups gagnants dans chaque jeu ! Je voyais tout le clan français qui hurlait et Coline qui pétait un câble sur chaque point (rires), ça m'a donné une énergie incroyable. Je me suis dit, s'ils font autant de bruit à chaque fois que je rentre un shot, ça va être compliqué pour Lust, d'autant qu'elle m'a semblé assez stressée. À l'image du service qu'elle met dehors sur le premier point du match. 

Interview Mélissa Alves Photo 3

Par ses encouragements, le camp français a porté Mélissa tout au long de son match (Crédit photo : #ETC2019)

J.E. : À partir du troisième jeu, c'est un autre match qui a commencé. 

M.A. : Avec Camille et Coline, on avait beaucoup parlé avant le match car elles l'ont souvent affrontée (même si dans le cas de Camille, Lust n'a pas le niveau pour la perturber). Elles m'avaient prévenue qu'elle allait tout faire pour me rentrer dans la tête, et c'est ce qui s'est passé. J'étais focalisé sur le fait de rester calme, ça n'a pas été trop dur car je le suis naturellement sur le court. 

J.E. : Tu es notamment restée concentrée lorsqu'elle est remontée dans le quatrième jeu alors que tu menais 7-1. De plus, c'est à toi qu'est revenue le match décisif, ça doit être dur de gérer l'attente pendant que tes coéquipières jouent. 

M.A. : Ce n'est pas évident. En plus, entre la finale de l'année dernière, la demi-finale du championnat du monde et samedi, ça fait la troisième rencontre de suite contre les Anglaises où l'ordre des matches est le même. 

« Le moment qu'on a passé ensemble avant la remise des prix, c'était du pur bonheur. »

J.E. : Quelle est ta routine dans ce genre de situation ? 

M.A. : Samedi, j'ai regardé le match de Camille dans son intégralité. À l'inverse de certaines joueuses, je perds plus d'influx si je suis toute seule à l'écart. En général, je reste le plus longtemps possible, jusqu'au moment où Coline m'ordonne de dégager (rires) et d'aller me préparer. Je suis restée à côté du court pendant le premier jeu de son match contre Massaro, et après je suis allée m'isoler. 

J.E. : Tu étais toute seule, ou avec un membre du staff ? 

M.A. : Toute seule ! On avait besoin de tout le monde pour encourager Coline. 

J.E. : Qu'est-ce qui s'est passé entre ta victoire et la remise des prix ? 

M.A. : Dans un premier temps, on est allés encourager les gars (NDLR : les Bleus se sont malheureusement inclinés contre l'Écosse dans la rencontre pour la médaille de bronze). Ensuite, on a filé au bar, on a commandé deux bouteilles en champagne et on a fait la fête tout simplement. On était avec les gens de la Fédération, on a crié, on a chanté, on a rigolé. C'était génial, un pur moment de bonheur ! 

Interview Mélissa Alves Photo 4

Les françaises n'oublieront pas de sitôt cette Marseillaise, qu'elles ont vécue avec émotion (Crédit photo : #ETC2019)

J.E. : Ensuite, il y a eu la remise des prix et la Marseillaise, la première de l'histoire du squash féminin français. 

M.A. : Encore un grand moment. Coline était en larmes, elle a dû dire merci 50 fois ! Je crois que c'est encore plus fort que la médaille de bronze au championnat du monde, et l'une des raisons c'est qu'on a battu l'Angleterre. Comme l'a dit Camille dans son discours, ce sont elles qui nous ont poussées à travailler autant et à devenir meilleures. Même si je n'ai pas joué toutes ces finales comme elle, moi aussi j'ai perdu contre elles en jeunes. Donc je sais que quand on joue en équipe de France, battre l'Angleterre ça représente quelque chose d'incroyable.

NDLR : incroyable en effet, comme le montre cette statistique : au cours de leur carrière en bleu (jeunes et seniors), Coline Aumard et Camille Serme avaient perdu contre l'Angleterre respectivement 11 et 19 fois en rencontre par équipes avant samedi !

 J.E. : Est-ce que l'absence d'Alison Waters a changé quelque chose dans votre approche de la compétition ? 

M.A.: Honnêtement, non. Ce n'est pas comme s'il y avait 20 places d'écart entre elle et sa remplaçante. Waters est 12ème mondiale, Lust 13ème. En plus, c'est déjà arrivé qu'ils la sortent pour une finale.

« Quand on joue en équipe de France, battre l'Angleterre ça représente quelque chose d'incroyable. » 

J.E. : Est-ce que tu penses que tu vas maintenant être capable de reproduire ce niveau de jeu plus souvent ? 

M.A. : Bonne question … Une chose est sûre, je n'ai pas envie d'être simplement une joueuse du top 30 qui bat de temps en temps des top 15, je vise plus haut. Notamment lors du British Open qui va arriver vite, je vais avoir un premier tour intéressant (NDLR : contre Olivia Blatchford-Clyne, 20ème mondiale), et si je gagne je rejouerai contre Victoria Lust. J'aurai donc un début de réponse, même si je ne mets pas de pression particulière. 

J.E. : Il y a pas mal de gens qui pensaient que ta progression pouvait être la clé de la victoire pour l'équipe de France. Est-ce que tu était d'accord avec ça ? 

M.A.: Je trouve que c'est un peu exagéré. Peut-être que parmi les numéros 3 que l'équipe de France a eu jusqu'à maintenant, je suis celle qui a montré qu'elle avait les capacités pour battre des joueuses du top 15. Je suis ravie de jouer ce rôle de numéro 3 de luxe, pour les deux joueuses devant moi qui ont des matches encore plus difficiles que les miens. Samedi, j'étais convaincue que Coline pouvait battre Massaro, et ça n'est pas passé loin. Et je n'oublie pas que si je n'ai pas eu besoin de rentrer sur le court en quart de finale du championnat du monde contre la Malaisie, c'est grâce à elle (NDLR : la numéro 2 française s'était brillamment imposée contre Sivansagari Subramaniam).

Interview Mélissa Alves Photo 5

Même si elle n'a pas beaucoup joué lors de ce championnat d'Europe, Mélissa loue l'importance d'Énora Villard au sein du groupe (Crédit photo : #ETC2019)

J.E. : J'aimerais également souligner l'importance d'Énora Villard, qui est parfois oubliée dans certains messages. 

M.A. : Complètement ! L'équipe, ce n'est pas trois joueuses mais quatre, et Énora a une importance capitale. Avant de m'endormir, c'est la dernière personne à laquelle je dis « je suis nulle » et qui me remonte le moral (rires). Sans Adil Rami, l'équipe de France n'aurait pas gagné la Coupe du monde ! 

J.E. : Quand on regarde l'âge des joueuses (25 ans pour elle et Énora, 29 et 30 pour Coline et Camille), on se dit que l'équipe a encore de belles années devant elle, d'autant qu'il y a d'autres joueuses comme Marie Stéphan qui peuvent taper à la porte. 

M.A. : Je sais que Camille a dit qu'elle allait arrêter dans trois ans, mais c'est n'importe quoi (rires). C'est moi qui décide, je lui ai dit que ce serait cinq ! Blague à part, oui cette équipe a un bel avenir devant elle et cette victoire nous donne envie de bosser encore plus.

« On visera la finale au championnat du monde, et pourquoi pas plus ? »

J.E. : Il y aura deux échéances en 2020, le championnat d'Europe puis le championnat du monde en décembre en Malaisie. 

M.A. :Tenter de battre de nouveau les Anglaises sera un gros challenge. Concernant les Monde, on a déjà commencé à en parler : on vient de battre les vice-championnes du monde, c'est normal de viser la finale et pourquoi pas plus ? Même si on ne les atteint pas, il faut avoir des objectifs élevés. Et si ce n'est pas pour cette fois, ce sera pour 2022. 

J.E. : Et si on parlait un peu de ta vie en dehors du squash. Que fais-tu de ton temps libre ? 

M.A. : Franchement ? Pas grand chose (elle éclate de rire). Plus sérieusement, la chose la plus importante pour moi, c'est ma famille, aussi bien celle qui est en métropole qu'en Guyane. Ça m'arrive souvent d'être en appel vidéo avec mes cousins et mes tantes pendant que je suis en train de manger, c'est comme si j'étais avec eux.

Interview Camille Serme avril 2019 Photo 5

Mélissa Alves retourne dans sa Guyane natale dès qu'elle en a l'occasion - ici lors d'un tournoi il y a quelques mois (Crédit photo : SiteSquash)

J.E. : Est-ce que tu rentres souvent en Guyane ? 

M.A. : Quand j'étais aux États-Unis, j'y allais tous les 2 ou 3 mois. Maintenant que je suis en métropole et que je suis joueuse professionnelle, il paraît que ce n'est plus trop compatible (rires). Mais ma mère vient me voir souvent ici. D'ailleurs tu me demandais comment j'occupe mon temps libre, et bien je passe beaucoup de temps à cuisiner et c'est elle qui m'a appris. J'adore préparer des repas pour mes potes, et les filles viennent souvent le temps manger à la maison. Sinon, je regarde beaucoup de sport à la télé. 

J.E. : Certains en particulier ? 

M.A.: Ça va du basket US, Go Sixers (NDLR : Mélissa a fait ses études à l'université de Pennsylvanie à Philadelphie), au tennis en passant par le foot. J'adore le foot, je suis un vrai p'tit mec (rires). 

J.E. : Votre victoire a été pas mal relayée dans les médias. Est-ce que tu penses que c'est le genre de choses qui peut contribuer au développement du squash en France ? 

M.A. : Certainement. J'ai regardé la vidéo de la balle de match qui a été mise en ligne : c'est bien filmé et il y a les commentaires, je trouve que ça fait pro.

« Quand je vois la joie de Camille et Coline, je me dis que je suis plus contente pour elles que pour moi-même. »

J.E. : En parlant des commentaires, Joey Barrington a répété à plusieurs reprises pendant le match que selon lui tu avais « le meilleur revers au monde. » Tu en penses quoi ? 

M.A. : Il a complètement craqué (rires) ! Mais il est venu également me le dire en personne après le match, donc ça fait encore plus plaisir. 

J.E. : J'en reviens au développement du squash : quand on est joueuse professionnelle, a-t-on conscience qu'on a un rôle à jouer dans ce domaine ? 

M.A. : Je dois avouer que j'ai un peu de mal avec ça. Même si j'aime bien chambrer et balancer des vannes, en fait je n'aime pas trop parler de moi. 

J.E. : Tu es un paradoxe vivant en fait ! 

M.A. : C'est ça ! De plus, Camille joue déjà très bien ce rôle d'ambassadrice, c'est elle la boss. C'est impossible de ne pas l'aimer. 

Interview Mélissa Alves Photo 7

Après tant de défaites face à l'Angleterre, la victoire de samedi a procuré une immense émotion à Coline Aumard et Camille Serme (Crédit photo : #ETC2019)

J.E. : En parlant de ça, j'ai déjà posé la question à tes coéquipières, mais est-ce que vous avez conscience d'être très appréciées au sein du squash français ? 

M.A. : Oui, mais c'est parce qu'on est sympas et avenantes. On le fait naturellement, mais c'est pour ça qu'on est bien reçues quand on se déplace dans les clubs. C'est important qu'on nous aime, et c'est le genre de choses qui peut faire la différence. J'en profite pour souligner que cette victoire, elle appartient à tout le monde. Aux joueuses, au staff, aux gens qui nous aident au quotidien, mais aussi à tout le squash français. Battre l'Angleterre, c'est magique ! Finalement, pour Énora et moi cette victoire arrive assez vite, mais Camille et Coline, ça fait tellement longtemps qu'elles l'attendaient. Quand j'ai vu leur joie et leur émotion après le match et pendant la remise des prix, je me suis dit que finalement j'étais plus contente pour elles que pour moi-même.

Pour fêter ce premier titre de championnes d'Europe comme il se doit, nous réservons aux joueuses de l'équipe de France, et à nos lecteurs, une petite surprise. Rendez-vous sur notre site en début de semaine prochaine pour la découvrir ! 

PAROLES DE COACH ...

« De tout mon cœur, je remercie les joueuses de ces fabuleux moments, dont j’ai rêvés avant elle, comme tout entraîneur se doit de le faire. » C'est ainsi que Philippe Signoret a conclu le texte qu'il a publié sur les réseaux sociaux lundi, comme pour tenter de mettre des mots sur ses émotions. Même s'il y a pratiquement tout dit, on avait quand même quelques questions supplémentaires à lui poser. Comme par exemple, qu'est-ce que lui et les joueuses de l'équipe de France ont fait juste après la finale ? « C'était un peu particulier, car on est allés encourager les garçons. Je crois que c'était une demi-heure après, mais je ne suis pas sûr car on n'a aucune notion du temps dans ces moments-là. » Il y a eu ensuite la remise des prix, ou le clan français a chanté la Marseillaise à pleins poumons, « alors qu'on n'avait déjà plus de voix. Il faut dire qu'on avait énormément crié pendant la demi-finale hommes France-Espagne, et pendant notre finale évidemment. » Ils y auront été les plus bruyants, alors que leurs adversaires évoluaient à domicile. « Mais ce n'est pas surprenant, car le staff Anglais est très calme quelles que soient les circonstances. » Les Britanniques avaient l'air ailleurs sur une deuxième marche du podium qui ne leur est pas familière, et le coach Tricolore pense « qu'elles ne s'y attendaient pas du tout. » Contrairement à Mélissa Alves, il trouve que Victoria Lust est « entrée sur le court très détendue. Peut-être parce que Mélissa lui avait envoyé des signaux positifs avec sa défaite contre Georgia Adderley la veille. On en a d'ailleurs rigolé, en disant qu'elle l'avait fait exprès. » Philippe Signoret avait prévu que ce match contre la jeune et combative Écossaise serait compliqué. « Coline est venue me voir pour me dire que si on menait 2-0, nos adversaires voulaient jouer le troisième match, mais je l'ai mise en garde et lui ai dit de ne surtout pas penser à ça. Après le match, Mélissa était dégoûtée (sic) du niveau de jeu qu'elle avait produit. Mais lors des discussions qu'on a eues entre la demi et la finale, je lui ai dit que je savais qu'elle pouvait perdre contre Adderley mais aussi qu'elle pouvait battre Lust. Ce n'était pas des paroles en l'air pour la motiver, j'étais intimement persuadée qu'elle en avait les capacités. L'Anglaise est une joueuse solide, mais pas surprenante. Après les deux premiers jeux, j'avais envisagé qu'elle pouvait gagner le troisième. On a davantage tremblé lorsqu'elle est revenue de 7-1 dans le quatrième, mais tout s'est bien terminé. » Mélissa Alves va-t-elle maintenant être capable de reproduire ce niveau de jeu, qui lui a permis de battre des joueurs du top 15 deux fois dans des grandes occasions ? « C'est toute la problématique avec elle. Sa grande force, c'est son instinct en matière de choix tactiques. Il faut donc le laisser s'exprimer, tout en travaillant ses lacunes afin que sa technique soit le plus possible au service de ses qualités. »

Interview Mélissa Alves Photo 8

Philippe Signoret, le grand artisan du succès des Bleues du squash (Crédit photo : #ETC2019)

Philippe Signoret revient également sur le rôle des trois autres joueuses, à commencer par sa leader Camille Serme. « Avec le recul, le match qu'elle gagne contre Nele Gilis a peut-être été la clé de ce championnat d'Europe. On en parlait ensemble, ce n'était pas la première fois qu'elle affrontait ce genre d'adversaire, moins bien classée qu'elle et qui est survoltée sur un match. Si on perd contre la Belgique, on affronte l'Angleterre dès les demi-finales et l'histoire peut être totalement différente. Tout le monde pense que c'est normal que Camille gagne tous ses matches, mais on a pourtant vu très souvent des numéros 1 craquer sous la pression en sélection ... » Concernant Coline Aumard, elle est pour son entraîneur « un pilier inamovible de cette équipe ! Même si la marche était encore un petit peu trop haute contre Massaro, le fait qu'elle bouscule l'ancienne championne du monde a certainement semé le doute dans le camp d'en face … Et je n'oublie pas qu'elle a été très solide dans le match décisif contre l'Écosse, avec l'obligation de gagner. » Dans un rôle « souvent ingrat, » Énora Villard est pour Philippe Signoret « une remplaçante de luxe, dont l'absence déséquilibrerait l’équipe. Sa motivation pour progresser est à l’image de l’ambition collective. Elle a envie de jouer davantage, et a d'ailleurs questionné mon choix de ne pas l'aligner contre la Belgique. Mais je lui ai dit que je la respectais trop pour la faire jouer uniquement parce que l'adversaire était très inférieure sur le papier. » Comme ses joueuses, Philippe Signoret est déjà tourné vers l'avenir. « Nous avons d’autres rêves et l’aventure ne s’arrête pas là. Concernant le prochain championnat d'Europe, davantage que de battre à nouveau les Anglaises je pense au défi que ça représentera de conserver notre titre. Et il y a bien sûr le championnat du monde, dont les filles ont déjà commencé à parler entre elles ... » Avec quelques jours de recul, l'un des grands artisans de cette réussite a pu mesurer le chemin parcouru. « Comme je l'ai déjà mentionné dans de précédentes interviews, beaucoup doutaient de la crédibilité de ce projet au départ. On pensait que les hommes pouvaient atteindre ce niveau, mais pas les filles. Encore une fois, l'ambiance au sein du groupe est très importante, mais les résultats ne seront au rendez-vous que si nous avons les individualités les plus fortes possibles. »

... ET DE DTN

« Une page importante s’est tournée lors de cette édition du championnat d’Europe. La France y a brillé sur tous les plans. Les élus fédéraux ont porté la voix de l’hexagone tout au long de la compétition, auprès de leurs homologues étrangers. Grâce à eux et leur travail quotidien, la France est un pays qui compte beaucoup, politiquement, dans le paysage du squash mondial. Nous avons également brillé par la représentation des arbitres. Quatre français présents, c’est une première. Cela témoigne de l’excellent travail effectué au niveau national sur ce sujet. Que la France soit partout, c’est notre enjeu. J’ai une pensée pour les garçons qui ont subi plusieurs coups du sort. Ma confiance en eux demeure inchangée, sous la houlette de Renan Lavigne, ce nouveau groupe se révélera bientôt, j’en suis convaincu. Les Bleues, quant à elles, ont vécu la compétition parfaite. Emmenées par Philippe Signoret, dont l'excellent travail quotidien a permis de faire émerger de grands talents, les tricolores nous ont fait rêver. Cette équipe est belle, attachante et combative. Ce moment est historique parce que, les jeunes joueurs qui ont vu cette rencontre en reparleront longtemps. L'équipe de France 2019 vient de marquer les esprits. Camille, Coline, Mélissa et Énora, nos quatre Jeanne d'Arc, vous venez de libérer le pays de la domination anglaise qui durait depuis plusieurs décennies. Un immense bravo à vous, qui entrez dans la légende du squash français ! » Bruce Neuffer (à gauche sur la photo)

Interview Mélissa Alves Photo 9

 L'équipe de France a fêté sa victoire avec la délégation de la Fédération présente à Birmingham (Crédit photo : #ETC2019)

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