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Candidature du squash aux JO 2020

Quasiment toutes les activités pratiquées par l’homme – ou la femme – impliquant le moindre exercice musculaire, sans parler de certaines autres, jouent des coudes pour décrocher une place aux Jeux Olympiques. De la pêche à la ligne au bras-de-fer, des échecs aux majorettes, de la nage avec masque et tuba dans les marécages à la danse de salon, des fléchettes aux dominos, chacun a l’air de penser qu’il mérite de partager les feux de la rampe du cirque aux cinq anneaux.

Cependant, je reconnais que je fais un peu mon « Victor Meldrew » quand je lis le rapport d’une agence qui écrit que les tondeurs de mouton veulent maintenant rejoindre l’élite Olympique. « Je n’y crois pas » ai-je déclaré haut et fort devant les mots suivants « Le moment est maintenant venu d’élever le statut sportif de la tonte des moutons au stade mondial le plus haut. » D’après un lobby de fermiers Néo Zélandais « les plus grands tondeurs de moutons du monde sont des athlètes qui ont atteint un niveau supérieur».

Apparemment cette activité est déjà reconnue comme sport en Nouvelle Zélande et en Australie, et ses pratiquants exercent une pression pour faire partie des Jeux du Commonwealth. Mais les Jeux Olympiques ? Ils essayent sûrement de nous rouler dans la farine. Plus sérieusement, il y a une mêlée en perspective pour obtenir une reconnaissance future parmi les 28 sports déjà reconnus à l’heure actuelle en tant que Sports Olympiques, mêlée dont j’espère voir sortir vainqueur une discipline qui a mystérieusement été ignorée depuis trop longtemps.

Ce sera la troisième fois que le squash sera candidat aux Jeux Olympiques. Il a déjà essayé sans succès d’intégrer les Jeux de 2012 et de 2016, et est maintenant confronté à sept autres « espoirs » : le karaté, les sports de patinage, le baseball, le softball, les sports de grimpe, le wakeboarding et - attendez un peu – le wushu.

Parmi ces disciplines, le karaté semble être le candidat le plus légitime, mais est-il plus valable que d’autres sports de contact déjà établis comme le judo, le taekwondo, la boxe et la lutte ?
Quant au baseball et au softball, abandonnés pour Londres, on peut considérer qu’ils ont déjà eu leur place au soleil Olympique.
Les sports de grimpe ? Est-ce que ce n’est pas quelque chose que les gamins font sur des murs d’escalade dans des centres de loisirs pendant que leurs mères prennent un café au lait ?
Le Wakeboarding ? Est-ce que les Jeux ont vraiment besoin d’un autre sport pour « amateurs de distractions au soleil » effleurant les vagues ? Et quant au wushu, qui sonne plutôt comme un éternuement, c’est en réalité encore un art martial de plus, qui se pratique presque exclusivement en Chine.

En fait, il y aura neuf sports en lice pour 2020 car, en plus des huit déjà en concurrence, il y en aura un qui sera abandonné après Londres 2012 pour faire de la place au golf et au rugby à sept pour Rio 2016.

A mon point de vue, le squash offre la meilleure candidature – et je dis ça sans aucun parti pris, n’ayant jamais pratiqué moi-même cette discipline. Simplement, il semble désormais remplir toutes les conditions en termes de popularité grandissante, de diversité de ses champions, d’athlétisme pur, et d’attraction grandissante pour les spectateurs.

En plus, il pourrait produire des médaillés venant de plusieurs pays qui n’ont par ailleurs que très peu d’occasions de percevoir les effluves de la gloire Olympique.

A tout prendre, je dirais que le squash mérite même un peu plus une place dans le programme Olympique que son cousin parmi les sports de raquettes, le tennis, où une médaille d’or est moins appréciée qu’une victoire dans un tournoi du Grand Chelem.

« Nous avons vraiment le sentiment que nous présentons une candidature bien meilleure qu’avant car nous avons tiré les leçons de ce que le Comité International Olympique (CIO) nous a dit », dit Andrew Shelley, nouveau directeur Anglais de la Fédération Mondiale de Squash (WSF). « Rendre le sport plus télégénique a été une des avancées les plus significatives. Nous sommes confiants mais il reste un long chemin à parcourir, mais au moins cette fois-ci nous ne sommes pas en concurrence avec le rugby à sept ou le golf qui étaient des concurrents si puissants. »

Il se trouve en plus que parmi les tout premiers instigateurs et activistes derrière la stratégie qui a mené à l’entrée du rugby à sept à Rio, il y avait Mike Lee, architecte de la promotion réussie de la candidature de Londres pour 2012, mais aussi de Rio pour 2016 et de la Coupe du Monde du Qatar pour 2022.

Lee , le Monsieur Miracle suprême du sport, a été recruté par le squash pour défendre sa cause, décision habile car il a établi des contacts précieux au niveau du CIO où il est estimé. « Nous pensons que nous avons été raisonnablement professionnels les deux dernières fois, mais Mike va nous apporter encore un plus sur le plan professionnel » dit Shelley.

Lee est déjà au travail sur le projet de la candidature de la discipline. « Le squash a appris les leçons de ses deux précédentes campagnes et a fait d’énormes efforts pour moderniser sa présentation.
Il est beaucoup plus télévisuel. Grâce aux courts vitrés, qui sont idéaux pour les spectateurs, tous les aspects des coups sont visibles. Il y a un système de rediffusion vidéo et l’utilisation d’un super ralenti.

« Le fait que le squash se pratique dans des pays autres que les nations traditionnelles devrait aussi aider, comme ça a été le cas pour le rugby à sept. Ce sera bien d’avoir la possibilité de voir de nouvelles nations accéder au podium. Ca rentre très bien dans le message d’universalité des Jeux Olympiques. En plus, comme il y a maintenant de très nombreux courts de squash dans de très nombreux pays, il y a un nombre croissant de gens qui pratiquent ce sport pour se maintenir en forme ou pour se détendre. »

Shelley, qui a travaillé pour la Fédération Anglaise de Squash pendant 18 ans avant de gérer le circuit professionnel féminin ajoute : « Avec le squash, qui est une discipline facile à mettre en place, nous avons un produit fabuleux mais nous savons que nous avons dû hausser la qualité de notre candidature. Nous sommes un sport mondial qui est pratiqué dans 190 pays par 20 millions de personnes. Le Squash est jeune et athlétique et a produit des champions du monde qui sont issus de tous les continents. A travers le circuit masculin, et maintenant féminin, nous avons amélioré la qualité de la couverture télévisée et c’est devenu un sport beaucoup plus agréable pour les spectateurs et pour les médias.

Nous pensons savoir maintenant ce que recherche le CIO et nous croyons avoir toutes nos chances. Quand on regarde la situation actuelle, les meilleurs joueurs viennent de pays aussi différents que l’Egypte ou la Malaisie. Le squash donnera l’occasion de remporter des médailles Olympiques à certains joueurs qui viennent de pays qui ont peu de chance d’en gagner dans d’autres disciplines. « 

La Grande Bretagne a aussi des résultats particulièrement brillants dans cette discipline, et donc la moisson de médailles du pays serait probablement augmentée. En ce moment, les meilleurs joueurs anglais sont juste devant les meilleurs joueurs égyptiens et français. A l’heure actuelle l’Angleterre peut se vanter d’avoir les deux meilleurs joueurs du circuit masculin, avec James Willstrop et Nick Matthew tous deux originaires du Yorkshire, dont la rivalité de longue date est comparable à celle de Seb Coe et Steve Ovett sur la piste.

Sur la scène mondiale, leur concurrent le plus proche est Ramy Ashour , flamboyant Egyptien de 24 ans. Il y a aussi des stars émergentes à Hong Kong et Mexico.

Nicol David, la numéro un féminine mondiale de Malaisie, championne du monde avec un record absolu de six titres mondiaux, soutient la campagne Olympique de 2020 et affirme « Il n’y a aucun doute que les Jeux Olympiques représenteraient l’apothéose absolue de ma carrière et que j’échangerais avec joie mes six titres mondiaux pour l’or Olympique ».

La décision finale doit intervenir pendant la session du CIO de septembre 2013 à Buenos Aires. Mais ce printemps, le CIO enverra des questionnaires aux fédérations candidates. Les disciplines feront leur présentation au CIO à la fin de cette année ou au début de l’année prochaine et en février prochain l’un des sports qui aura été présent aux Jeux de Londres sera abandonné. Il reste encore à éclaircir si toutes les disciplines qui sont en lice à l’heure actuelle seront toujours présentes lors du vote décisif du CIO.

Pour l’instant, la discipline qui semble la plus vulnérable à Londres est le taekwondo, sport dans lequel la Grande Bretagne est devenu de plus en plus performante. Il y a aussi eu des interrogations sur l’avenir du pentathlon moderne et de l’équitation. Si les récentes investigations dans la boxe amateur n’avaient pas permis de blanchir cette discipline des allégations de corruption au sujet de l’Azerbaïdjan, ce sport aussi aurait pu être remis en cause car certains membres au sein du CIO veulent depuis longtemps le voir écarté. Néanmoins, avec l’introduction de boxeuses féminines, cela semble maintenant hautement improbable.

Chacun des 26 sports présents à Londres sera soumis à une évaluation technique par le CIO durant les Jeux quant à son maintien potentiel pour les futurs Jeux Olympiques.

« Les gens ont vu de grands changements dans le squash, ils apprécient les innovations et il y a une unité parmi les diverses fédérations nationales. Jusqu’ici le retour a été excellent. Il nous faut simplement continuer jusqu’à la ligne d’arrivée » , dit Lee.

Ayant été blackboulé la fois dernière en faveur d’une plus grande balle ovale et d’une balle de golf encore plus petite, sûrement le squash ne pourra pas être de nouveau évincé.

Sinon, il va bientôt falloir commencer à compter les moutons.

Alan HUBBARD –Extraits de Inside the Rings. (Alan HUBBARD- Journaliste Sportif et Editorialiste à l’Independant on Sunday et à The Observer.)

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